Djibouti : le Président Guelleh rencontre le Président de la BAD à New York pour renforcer la coopération

 Tribune libre 

En marge de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, a reçu dans son hôtel new-yorkais le Président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah. Derrière la cordialité affichée, cette rencontre illustre l’approfondissement d’une relation stratégique entre Djibouti et l’institution panafricaine, dans un contexte où le financement du développement demeure l’un des nerfs de la diplomatie africaine.



Djibouti, petite taille, grande influence


Le chef de la BAD a tenu à exprimer sa « profonde gratitude » au Président Guelleh pour le soutien décisif apporté lors de son élection. Cet hommage dépasse la formule de circonstance. Il rappelle le rôle qu’un petit État comme Djibouti peut jouer dans les équilibres internes des institutions africaines. Dans une Afrique où les rapports de force se mesurent souvent en poids démographique ou économique, Djibouti tire son influence de sa diplomatie active et de sa capacité à bâtir des coalitions.



À travers ce remerciement public, Sidi Ould Tah a reconnu l’importance de ce soutien politique. Une manière, aussi, de souligner que la BAD reste attentive aux voix qui comptent dans les forums panafricains, même celles des pays dont la taille géographique est réduite.



Au-delà des remerciements, les échanges ont porté sur des projets concrets : infrastructures, énergie, transformation numérique. Trois secteurs identifiés depuis plusieurs années comme les leviers de la stratégie nationale djiboutienne.

Les infrastructures, d’abord, constituent le socle du rôle de hub logistique que Djibouti entend consolider. Ports, corridors routiers et ferroviaires, zones franches : autant d’actifs nécessitant un accompagnement financier et technique.

L’énergie, ensuite, demeure un défi central. Djibouti veut sortir de sa dépendance énergétique et accélérer l’intégration des énergies renouvelables dans son mix. La BAD, en finançant des projets verts, pourrait devenir un acteur clé de cette transition.

Le numérique, enfin, s’impose comme un domaine d’avenir. La transformation digitale figure désormais dans toutes les feuilles de route africaines, mais Djibouti, par sa position de hub de câbles sous-marins, dispose d’un avantage comparatif qui attire l’attention des partenaires financiers.


Pour la Banque africaine de développement, renforcer son partenariat avec Djibouti va au-delà du simple financement de projets. L’institution cherche à consolider son rôle politique dans un continent où les bailleurs traditionnels ( Banque mondiale, FMI, Union européenne )  conservent une influence majeure. En affichant son soutien à la vision djiboutienne de l’intégration régionale et du développement durable, la BAD démontre sa volonté de s’imposer comme un partenaire central, capable d’offrir des solutions africaines aux défis africains.


La rencontre new-yorkaise a ainsi pris des airs de vitrine : la BAD soutenant la vision d’un pays stratégique, et Djibouti rappelant son ancrage panafricain au moment où le continent cherche à renforcer son autonomie financière.



Une vision régionale affirmée


Le Président Guelleh a inscrit la discussion dans un cadre plus large : celui de l’intégration régionale et de la durabilité. Cette insistance traduit une conviction ancienne du chef de l’État : Djibouti, de par sa position géographique et sa stabilité politique relative, est en mesure de jouer un rôle de locomotive régionale.


En saluant cette vision, le Président de la BAD a envoyé un signal aux autres États de la Corne de l’Afrique. Car au-delà de Djibouti, c’est bien l’ensemble de la région qui est concerné : les projets financés par la BAD dans les domaines de l’énergie ou des infrastructures peuvent transformer non seulement l’économie djiboutienne, mais aussi les interconnexions avec l’Éthiopie, la Somalie et, plus largement, l’espace COMESA.


La présence du ministre des Affaires étrangères, Abdoulkader Houssein Omar, de l’ambassadeur de Djibouti auprès des Nations Unies, Mohamed Ziad Doualeh, ainsi que d’autres conseillers diplomatiques du Chef de l’État a renforcé le poids symbolique de cette rencontre. Tout laisse à penser qu’il ne s’agissait pas seulement d’un échange bilatéral ponctuel, mais bien d’une séquence inscrite dans une stratégie plus vaste.


Le message est clair : Djibouti veut apparaître comme un partenaire fiable, crédible et visionnaire auprès des grandes institutions africaines. La BAD, de son côté, envoie un signal de confiance et d’engagement.


Au-delà des projets listés et des perspectives évoquées, la rencontre new-yorkaise aura valeur de symbole. Elle marque la convergence de deux trajectoires : celle d’un État qui, malgré ses contraintes, entend peser davantage dans les dynamiques africaines ; et celle d’une institution panafricaine qui veut incarner l’avenir du financement du développement.


En multipliant ce type de partenariats stratégiques, Djibouti cherche à transformer son potentiel géopolitique en puissance économique. La BAD, elle, y trouve une vitrine pour démontrer que l’Afrique peut compter sur ses propres institutions pour financer son développement.


À New York, loin de la Corne de l’Afrique, le Président Guelleh et Sidi Ould Tah ont esquissé les contours d’un partenariat appelé à s’intensifier. Une poignée de main qui dépasse le simple protocole diplomatique : elle traduit une vision partagée de l’avenir africain, où Djibouti et la BAD s’allient pour conjuguer financement, intégration et développement durable.










 

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