Le monde n’est pas en train de se réorganiser. Il est en train de se déliter
Par Naguib Ali Taher Analyse géopolitique Depuis des années, le débat sur l’ordre mondial se présente comme un choix binaire : primauté américaine ou ascension chinoise, unipolarité ou multipolarité, déclin ou transition. Toutes ces options reposent sur la même conviction tacite : que le pouvoir, quel que soit son déplacement, finira par se cristalliser dans une nouvelle architecture. Or, il ne se cristallise pas. Il se diffuse plus vite qu’il ne peut être encadré, plus loin qu’il ne peut être maîtrisé. Le monde ne se dirige pas vers un nouvel ordre stable. Il entre dans une configuration où l’ordre lui-même devient plus difficile à maintenir ; où l’autorité est morcelée, le contrôle imparfait et la stabilité de plus en plus coûteuse. Le changement ne porte pas seulement sur le « qui » du pouvoir, mais sur le « quoi » : de quoi le pouvoir est désormais fait. L’asymétrie des coûts : quand la perturbation coûte moins cher que la protection Observez la mer Rouge. Ce détroit stratégi...