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Tractations au seuil de Bab el-Mandeb : instabilité maîtrisée et compétition multipolaire dans la Corne de l’Afrique

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  Analyse stratégique Par Naguib Ali Taher La Corne de l’Afrique est systématiquement qualifiée d’« instabilité chronique », un diagnostic réducteur qui occulte davantage les mécanismes structurels qu’il ne les éclaire. La région ne fonctionne pas comme un ensemble d’États défaillants, mais plutôt comme un système d’instabilité maîtrisée : un désordre calibré où fractures internes et prédations externes contribuent à la pérennisation d’entités politiques qui ne se consolident jamais pleinement, sans pour autant s’effondrer entièrement. Le centre de gravité de ce système est le détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transite approximativement un dixième du commerce maritime mondial. Le paysage stratégique ne résulte pas d’une orchestration unique par une puissance extérieure, mais d’une compétition multipolaire : les Émirats arabes unis (EAU) ont édifié un dispositif d’encerclement maritime ; l’Arabie saoudite exerce une autorité discrète mais structurante ; la Turquie s’est assurée u...

La fin de l’ordre mondial : pourquoi le chaos n’a plus besoin de maître

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  Par Naguib Ali Taher Le monde n’est pas en train de s’effondrer. Il est en train de se défaire, silencieusement, sans qu’aucune puissance ne parvienne ( ni ne cherche véritablement ) à en recoudre les morceaux. Cette analyse s’inscrit dans une réflexion au long cours sur ce que l’on appelle « l’interrègne systémique ». C’est une image qui hante les chancelleries, mais que personne n’ose prononcer à voix haute : l’ordre international ne ressemble plus à un échiquier. Il tient désormais du kaléidoscope : un ensemble de fragments de puissance qui s’entrechoquent, se recomposent et parfois s’annulent, sans jamais produire de figure stable. L’hégémonie américaine, qui a structuré la planète durant trois décennies autour de ses alliances, de son dollar et de ses normes, n’est plus en mesure de produire une cohérence globale. Mais elle n’a pas été remplacée. La Chine monte en puissance, bouscule les équilibres et rivalise avec Washington, sans pour autant proposer une grammaire alternat...

L’âge des États indispensables Pourquoi la puissance bascule des empires territoriaux vers les architectures de connectivité ; et ce que Djibouti révèle du monde qui vient

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  Essai géopolitique  Par Naguib Ali Taher  Pendant des siècles, la puissance fut d’abord une affaire d’espace. Les empires s’étendaient, les frontières avançaient, les armées dominaient des territoires toujours plus vastes. La force d’un État se mesurait à sa capacité à contrôler la terre, à sécuriser les routes commerciales et à imposer un ordre sur de longues distances. La géographie semblait alors fixer le destin. Cet ordre n’a pas disparu. Mais il ne suffit plus, à lui seul, à organiser le monde. Le système international du XXIe siècle se structure désormais autour d’une réalité moins visible, mais devenue décisive : la circulation.  Flux commerciaux, énergétiques, financiers, numériques, logistiques et diplomatiques constituent aujourd’hui l’ossature profonde de la mondialisation. Dans un environnement marqué par la fragmentation stratégique, les rivalités systémiques et les chocs répétés, la question centrale n’est plus seulement de contrôler des territoires, ...