Djibouti plaide pour un multilatéralisme renouvelé

 Editorial 


À l’heure où l’Assemblée générale des Nations Unies souffle ses quatre-vingts bougies, Djibouti n’a pas manqué le rendez-vous avec l’Histoire. Le discours d’aujourd’hui de son représentant permanent, Mohamed Siad Doualeh, résonne comme un rappel ferme : dans un monde fracturé, la voix des petites nations peut encore porter loin si elle s’adosse au principe du multilatéralisme.


Le diplomate djiboutien a déroulé une fresque historique en évoquant le rôle de l’ONU, de la décolonisation à la défense des droits humains, en passant par les combats contre la pauvreté et le changement climatique. Mais ce regard vers l’arrière n’était pas une nostalgie : il s’agissait plutôt d’une interpellation. Car si les Nations Unies ont marqué le siècle, elles doivent aujourd’hui se réinventer. Le plaidoyer pour un “Agenda commun” et un “Pacte pour l’avenir” traduit bien cette urgence de modernisation face à des défis que ni les fondateurs de San Francisco ni les diplomates de la Guerre froide n’auraient pu imaginer : la révolution numérique, la voix des jeunes générations, et la crise écologique.


                 Amb Mohamed Siad Doualeh,


Ce discours, à première vue consensuel, contenait aussi des accents de gravité. Car le panorama géopolitique actuel est marqué par des foyers de guerre (Ukraine, Gaza, Soudan ) où les principes mêmes du droit international vacillent. En les nommant explicitement, Djibouti assume un rôle de vigie morale : celui d’un petit État qui connaît, par expérience, le prix de la fragilité régionale, mais qui refuse de se taire. À New York, M. Doualeh a aussi réaffirmé la solidarité de son pays avec le Qatar, victime d’agression terroriste, inscrivant ainsi Djibouti dans une chaîne d’alliances diplomatiques fondées sur la sécurité collective.


Mais le cœur du message djiboutien ne se limite pas au registre des condamnations. Il est aussi économique, et même structurel. Le chiffre avancé ( 4000 milliards de dollars de déficit de financement du développement durable ) agit comme une gifle. Derrière l’aridité des statistiques, il y a une vérité : sans réforme profonde de la gouvernance financière mondiale, les promesses d’atteindre les ODD resteront des slogans. En appelant à la mise en œuvre du Compromis de Séville, Djibouti se positionne comme une voix du Sud global, qui exige des mécanismes équitables pour investir dans l’éducation, la santé, et la résilience écologique.


Sur ce dernier point, l’annonce de la reconnaissance par l’UNESCO d’une première Réserve de biosphère à Djibouti n’est pas un détail anecdotique. Elle illustre une stratégie nationale : valoriser l’écosystème fragile de la Corne de l’Afrique comme atout touristique et comme engagement envers les générations futures. À l’heure où l’environnement est devenu l’un des piliers de la diplomatie, Djibouti inscrit son action dans une narration globale de responsabilité écologique.


Enfin, le rappel de l’engagement contre le terrorisme en Somalie, de l’appel au cessez-le-feu au Soudan, et de la volonté de régler pacifiquement le différend frontalier avec l’Érythrée, complète le tableau. Djibouti s’affiche à la fois comme acteur régional de sécurité et comme promoteur de la diplomatie de compromis. Un équilibre subtil mais nécessaire dans un environnement où l’instabilité est contagieuse.


À travers ce discours, Djibouti confirme une ligne constante : exister sur la scène internationale non pas par la force brute, mais par la force du droit et du dialogue. La célébration des 80 ans de l’ONU donne à cette posture une résonance particulière. Car dans un monde où les grandes puissances polarisent et où les conflits s’enlisent, la crédibilité des petites nations tient justement à leur capacité à incarner l’esprit du multilatéralisme. Djibouti, fidèle à sa vocation de carrefour stratégique, entend bien occuper ce rôle.


 

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