Djibouti, capitale africaine de la mémoire institutionnelle

 Editorial


Ce mercredi, la Bibliothèque et Archives Nationales de Djibouti a accueilli l’ouverture du 1er Forum Africain des Journaux Officiels, un événement inédit placé sous le haut patronage du Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh. Pendant deux jours, dix-huit pays africains débattent du rôle fondamental des Journaux Officiels dans la consolidation de la gouvernance, de la transparence et de l’État de droit sur le continent.


Mais derrière le protocole et les discours, se joue ici bien plus qu’une rencontre administrative : c’est une bataille symbolique pour la souveraineté du savoir africain.



Quand Djibouti rappelle à l’Afrique l’importance de sa mémoire


Dans son allocution, le Président Guelleh a livré une réflexion essentielle : « Sans une connaissance parfaite de son patrimoine, de sa tradition et de sa culture, aucune société ne peut appréhender son avenir. » Ces mots résonnent comme un rappel à l’ordre adressé au continent. Dans un monde dominé par les flux numériques, l’Afrique ne peut construire son futur qu’en maîtrisant son passé ; ses textes, ses archives, ses données officielles.


C’est précisément ce que Djibouti a réussi à faire. En numérisant l’intégralité de son Journal Officiel depuis 1901, le pays a non seulement préservé plus d’un siècle de mémoire juridique, mais aussi démontré qu’une petite nation pouvait devenir un modèle continental en matière de gouvernance documentaire.


Ce forum n’est donc pas un simple aboutissement technique : c’est la preuve concrète d’une souveraineté institutionnelle assumée, où la donnée publique devient un instrument de transparence, de légitimité et de puissance.


Le Chef de l’État l’a affirmé avec lucidité : « Les données sont devenues le cœur du pouvoir et le nouveau patrimoine des nations. » Dans un monde où l’information est la nouvelle monnaie, Djibouti entend occuper une place stratégique. Le projet d’étendre la numérisation aux annonces légales et aux dispositions publiques s’inscrit dans cette vision : bâtir un écosystème souverain, où chaque texte officiel alimente une base de données nationale , sécurisée, consultable, et surtout produite localement.


Ce choix est politique autant que symbolique. Il marque l’entrée de Djibouti dans une diplomatie de la donnée, où le savoir produit par l’État devient un levier d’influence, de crédibilité et de confiance.


L’exposition « Héritage » : la mémoire en mouvement


En marge du forum, l’exposition « Héritage » retrace le parcours historique de Djibouti, du Sultanat d’Ifat à la République contemporaine. Cette scénographie sobre et éloquente illustre une conviction forte : la mémoire nationale n’est pas un objet figé, mais une matière vivante à transmettre.


À travers cette exposition, Djibouti se raconte par ses archives, ses symboles, ses textes. Elle rappelle que la souveraineté ne se mesure pas seulement à la géographie ou à la diplomatie, mais aussi à la capacité d’un peuple à documenter sa propre histoire.


En réunissant les responsables des Journaux Officiels du continent, le Forum de Djibouti devient une plateforme de réécriture collective de l’Afrique institutionnelle. Trop longtemps dépendante des regards extérieurs, notre Histoire juridique et administrative doit désormais s’écrire depuis le continent, par ceux qui en détiennent la légitimité et la mémoire.


C’est là tout le sens de cette initiative : replacer l’Afrique dans le contrôle de ses récits, de ses données, de ses normes. Car une Afrique qui archive, qui publie, qui conserve ,est une Afrique qui gouverne.


Le choix du lieu, la Bibliothèque et Archives Nationales, à proximité de l’Université de Djibouti, n’est pas anodin. Il symbolise la jonction entre savoir et gouvernance, entre mémoire et modernité. En accueillant cet événement, Djibouti affirme son rôle de carrefour du savoir africain, capable de concilier tradition documentaire et innovation numérique.


Sous l’impulsion du Président Guelleh, le pays construit une diplomatie singulière,  celle de la mémoire et des archives , où le droit, la culture et la donnée se conjuguent pour façonner un modèle africain de transparence et de souveraineté.


Au fond, ce Forum Africain des Journaux Officiels incarne un tournant discret mais majeur : celui d’un continent qui veut maîtriser son propre récit. En plaçant la documentation publique au cœur du débat, Djibouti rappelle une évidence que beaucoup avaient oubliée : la modernité africaine ne consiste pas à effacer le passé, mais à le numériser, le comprendre et le valoriser.


C’est peut-être là le plus grand mérite de ce forum : faire de la mémoire un outil de puissance. Et rappeler au monde qu’avant d’être un carrefour géographique, Djibouti est d’abord un carrefour du savoir et de la souveraineté.





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