Editorial
La visite éclaire du Président somalien son excellence Hassan Cheikh Mahamoud à Djibouti, reçue ce lundi par le Chef de l’État, Son Excellence Ismaïl Omar Guelleh, dépasse largement le cadre protocolaire d’une concertation bilatérale de routine. Elle intervient dans un contexte régional sous tension, où les principes fondateurs de l’ordre international africain sont de plus en plus soumis à des tentatives de contournement, voire de remise en cause frontale.
À Djibouti, les deux Chefs d’État ont d’abord réaffirmé l’évidence : la relation entre Djibouti et la Somalie n’est ni conjoncturelle ni opportuniste. Elle s’inscrit dans une histoire longue, nourrie par des liens humains, culturels et linguistiques profonds, mais aussi par une solidarité stratégique constante. Cette proximité confère à leurs échanges une densité particulière, loin des discours de circonstance.
Au cœur des discussions, la situation interne en Somalie et la volonté affirmée de Mogadiscio de restaurer pleinement l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire. Une aspiration légitime, que Djibouti soutient sans ambiguïté depuis des décennies, conscient que la stabilité somalienne conditionne, pour une large part, l’équilibre sécuritaire de toute la Corne de l’Afrique. Ici, la sécurité n’est jamais strictement nationale : elle est régionale ou elle n’est pas.
Mais c’est surtout la question du Somaliland qui a donné à cette rencontre sa véritable portée politique. La récente décision israélienne de reconnaître cette entité comme État souverain constitue un signal préoccupant. Non seulement elle s’affranchit des cadres multilatéraux reconnus, mais elle ouvre surtout la voie à une dangereuse jurisprudence : celle de la légitimation unilatérale des fragmentations territoriales en Afrique.
La position de Djibouti est, à cet égard, d’une clarté constante. En s’opposant à toute reconnaissance du Somaliland, la République de Djibouti ne défend pas une posture idéologique, mais un principe structurant : l’inviolabilité des frontières héritées de l’indépendance. Ce principe, souvent invoqué mais rarement protégé avec constance, demeure pourtant le dernier rempart contre l’atomisation politique du continent.
Ce refus n’est ni isolé ni solitaire. Il s’inscrit dans une convergence de positions au sein des organisations régionales, continentales et internationales, conscientes que céder sur ce terrain reviendrait à affaiblir durablement les États déjà fragilisés par des décennies de conflits et de recompositions forcées.
En recevant le Président somalien avec une délégation de haut niveau, et en mobilisant, côté djiboutien, les principaux responsables diplomatiques et sécuritaires, le message envoyé est sans équivoque : Djibouti entend rester un acteur de stabilité, un point d’ancrage diplomatique et un défenseur vigilant du droit international en Afrique de l’Est.
À l’heure où les équilibres régionaux sont soumis à des pressions multiples, cette concertation de haut niveau rappelle une vérité essentielle : dans la Corne de l’Afrique, la souveraineté ne se négocie pas au gré des intérêts extérieurs. Elle se défend, se consolide et se protège, par le dialogue entre États responsables et par le respect scrupuleux des règles communes. C’est sur cette ligne de crête que Djibouti et la Somalie ont choisi d’avancer.





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