Djibouti intègre sa diaspora au cœur du projet national

 Editorial


La tenue du premier Forum national des Djiboutiens de l’Étranger marque un tournant politique clair : la diaspora n’est plus perçue comme une simple extension affective de la nation, mais comme un acteur stratégique à part entière du développement national. En lançant un appel explicite à une mobilisation accrue de nos compatriotes établis à l’extérieur, le Président de la République, Son Excellence Ismail Omar Guelleh, a posé un acte à la fois symbolique et profondément structurant.


Ce forum, accueilli au Palais du Peuple sous le haut patronage du Chef de l’État, a d’abord été une grande retrouvaille nationale. Une reconnexion assumée entre Djibouti et ses enfants dispersés à travers le monde, dans un contexte international où la mobilité des compétences est devenue un enjeu central de souveraineté et de compétitivité. Mais au-delà de l’émotion et de la fraternité, l’essentiel était ailleurs : il s’agissait de clarifier une vision et d’annoncer une méthode.



Le message présidentiel a été sans ambiguïté. La diaspora est un maillon indispensable de la chaîne nationale. Elle porte des compétences, des réseaux, une capacité d’influence et un capital humain que peu de pays peuvent se permettre de négliger. En ce sens, le forum ne relève pas de la communication événementielle, mais d’une inflexion stratégique assumée : intégrer durablement les Djiboutiens de l’extérieur dans l’architecture du développement économique et social.


Les mesures annoncées traduisent cette volonté de passer du discours à l’opérationnel. Guichets dédiés, simplification de l’état civil, facilitation de l’investissement, accès au logement et à la propriété, fonds d’assistance au sein du ministère des Affaires étrangères : autant de dispositifs qui répondent à une attente ancienne de la diaspora, souvent confrontée à des lourdeurs administratives et à une distance institutionnelle peu compatible avec l’ère du numérique et de la mobilité.


Le choix de la digitalisation et de l’accès « à distance et en temps réel » n’est pas anodin. Il reconnaît une réalité : la relation entre l’État et ses citoyens ne peut plus être territorialisée de manière rigide. Elle doit être fluide, continue, et fondée sur la confiance. À cet égard, l’annonce de guichets uniques et de mécanismes transversaux constitue un test majeur de crédibilité pour l’action publique à venir.


Le forum a également permis à la diaspora de s’exprimer, de formuler des attentes claires et de proposer des solutions. Cette dimension participative est essentielle. Elle rompt avec une approche descendante et ouvre la voie à une co-construction des politiques publiques, alignée sur la Vision Djibouti 2035 et les priorités nationales en matière d’investissement productif, de transfert de compétences et de valorisation culturelle.


La présence des plus hautes autorités de l’État , du Premier ministre au président de l’Assemblée nationale, en passant par l’ensemble du gouvernement a donné à cette rencontre une densité institutionnelle rare. Elle envoie un signal politique fort : la diaspora n’est pas un dossier sectoriel, mais une question transversale, au cœur du pacte national.

La Première Dame et Présidente de l’UNFD, Mme Kadra Mahamoud Haid, figure de proue du paysage associatif national et connue pour son engagementconstant en faveur de la fraternité, de l’entraide et de la solidarité entre tous ses

compatriotes, a également participé également à cet événement inédit . 


Reste désormais l’essentiel : la mise en œuvre. Car ce premier Forum national des Djiboutiens de l’Étranger ne se contente pas d’ouvrir une nouvelle page ; il trace une perspective claire et mobilisatrice. Celle d’une action durable, structurée et lisible, fondée sur le suivi, l’évaluation et la cohérence des politiques annoncées, mais aussi sur l’engagement actif et responsable des Djiboutiens de l’étranger, appelés à devenir des partenaires à part entière du développement national.


En inscrivant les Djiboutiens de l’extérieur au centre du projet national, l’Etat fait un choix stratégique lucide. Un choix qui, s’il est tenu dans la durée, peut transformer l’éloignement géographique en levier de puissance collective.






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