Patrimoines , ce que Djibouti choisit de transmettre

 


Éditorial


Ce matin, à l’auditorium de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales, Djibouti n’a pas seulement inauguré la deuxième édition de la Semaine nationale des patrimoines. Le pays a posé une question de fond : que voulons-nous transmettre aux générations qui viennent, au-delà des infrastructures, des chiffres et des discours de développement ?


Du 23 au 25 décembre, entre la BAN et le Palais du Peuple, la Semaine nationale des patrimoines remet au centre du débat public ce qui, trop souvent, reste relégué à la marge : la mémoire, les archives, les langues, les savoir-faire, les paysages, les récits et les gestes hérités. Autrement dit, ce qui fait société avant de faire économie.



Djibouti dispose d’un patrimoine d’une densité rarement mesurée à sa juste valeur. Patrimoines matériels et immatériels, sites archéologiques millénaires, arts rupestres, traditions orales, langues nationales, archives historiques, savoirs pastoraux, artisanat endogène, espaces naturels d’exception : l’inventaire est riche, mais la transmission demeure fragile. Or un patrimoine qui ne se transmet pas finit par s’effacer, même lorsqu’il est officiellement reconnu.


C’est précisément à cette fragilité que répond la Semaine nationale des patrimoines. En inscrivant cette initiative dans les orientations présidentielles, l’État assume une lecture stratégique du patrimoine : non comme simple héritage figé, mais comme ressource active de cohésion nationale, de stabilité sociale et de développement durable. Le thème retenu cette année , « Patrimoines et développement durable : transmettre pour construire l’avenir » , ne relève pas du slogan. Il traduit une articulation assumée entre mémoire et projection.


La première journée en a donné une illustration concrète. L’ouverture exceptionnelle des Archives nationales, l’exposition « Djibouti Héritage 2025 », les échanges avec les archivistes, les panels scientifiques sur la préservation et la transmission, ou encore la table ronde consacrée aux littératures djiboutiennes ont rappelé une évidence : il n’y a pas de futur solide sans récit collectif maîtrisé. La littérature, les archives et l’histoire ne sont pas des accessoires culturels ; elles structurent l’identité nationale et donnent sens à l’action publique.


Au-delà du symbolique, la programmation annoncée traduit une volonté d’ancrage social. Expositions thématiques, ateliers de pratiques culturelles, initiations à l’artisanat, animations traditionnelles, visites de sites mémoriels et naturels, foire du patrimoine, journée dédiée à la jeunesse : la SNP cherche à sortir le patrimoine des cercles institutionnels pour le replacer au cœur des communautés. C’est là que se joue son efficacité réelle.


L’enjeu est désormais clair : transformer cette semaine en dynamique durable. Sensibiliser ne suffit pas ; il faut structurer, documenter, protéger et transmettre. Cela suppose des partenariats solides, un investissement constant dans l’éducation, une valorisation économique maîtrisée à travers le tourisme culturel et les industries culturelles et créatives, mais aussi une implication réelle des jeunes générations, premières héritières et premières garantes de cet héritage.


La Semaine nationale des patrimoines n’est donc pas une parenthèse culturelle de fin d’année. Elle est un révélateur. Celui d’un pays qui comprend que le développement ne se mesure pas uniquement en routes et en ports, mais aussi en mémoire partagée, en identité assumée et en capacité à transmettre ce qui fonde le lien national.


À Djibouti, la question n’est plus de savoir si le patrimoine compte. Elle est de savoir comment, collectivement, nous choisissons d’en faire un socle pour l’avenir.










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