Editorial
La première séance du Conseil des ministres de l’année 2026, tenue ce mardi 13 janvier sous la présidence de Son Excellence Ismaïl Omar Guelleh, n’avait rien d’une réunion de routine. Derrière l’ordonnancement classique des textes examinés, se dessine une séquence politique révélatrice des priorités actuelles de l’État djiboutien : consolidation de la souveraineté, réforme de l’appareil public, protection des biens communs et recherche d’une efficacité administrative mieux maîtrisée.
L’examen du projet de décret portant affiliation exceptionnelle des personnels de la Garde-côtes à la Caisse Militaire de Retraite (CMR) constitue, à cet égard, un signal politique clair. En alignant leur régime de protection sociale sur celui des forces armées, l’exécutif reconnaît formellement la nature stratégique, permanente et à haut risque des missions confiées à cette force. Ce choix n’est pas seulement social ; il est sécuritaire. Il consacre la montée en puissance de la Garde-côtes comme acteur central de la défense maritime, dans un environnement régional marqué par l’instabilité, la criminalité transnationale et la pression croissante sur les voies de navigation. L’État adapte ainsi son cadre normatif à la réalité opérationnelle, tout en posant la question , sensible , de la soutenabilité financière à moyen terme.
Sur un autre registre, mais avec une portée tout aussi structurante, les textes adoptés dans le secteur de la culture témoignent d’un tournant institutionnel. La mise en place de la Commission nationale du patrimoine culturel et l’adoption des modalités d’inventaire, de classement et de déclassement des biens culturels traduisent une volonté de sortir la protection du patrimoine de l’incantation pour l’inscrire dans une politique publique outillée. Le classement du site rupestre d’Abourma comme patrimoine culturel national en est l’illustration la plus tangible. Au-delà de la symbolique identitaire, c’est une affirmation de souveraineté culturelle dans une région où la valorisation du patrimoine devient aussi un levier diplomatique, scientifique et touristique.
Les arbitrages budgétaires examinés lors de cette séance confirment, quant à eux, une logique de continuité sous contrainte. Qu’il s’agisse de l’Agence nationale de la météorologie, de l’École nationale des études judiciaires, de la Poste de Djibouti ou de l’Agence djiboutienne des normes et de la qualité, les budgets 2026 privilégient la stabilité des charges, la modernisation ciblée et le renforcement progressif des capacités. Peu de marges, mais une volonté affichée de consolider les outils existants : systèmes d’alerte précoce, digitalisation des données, équipements didactiques, services financiers postaux, normalisation des produits. L’État investit là où l’impact est jugé structurant, sans céder à une inflation budgétaire difficilement soutenable.
C’est toutefois dans les communications gouvernementales que se lit l’axe politique le plus sensible. La visite officielle du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali, à la veille de la tenue prochaine de la Commission ministérielle mixte, confirme la centralité du partenariat djibouto-éthiopien dans l’architecture régionale. Dans un contexte de recomposition géopolitique accélérée dans la Corne de l’Afrique, la coordination bilatérale demeure un pilier de stabilité, mais aussi un chantier permanent, exigeant une mise en œuvre rigoureuse des engagements pris.
Enfin, la relance de la réforme des Établissements publics administratifs (EPA), phase II, marque un moment de vérité pour l’État gestionnaire. Après une première vague engagée en 2018, le gouvernement s’attaque désormais à l’achèvement et à la rationalisation du portefeuille public, sous l’autorité directe du Premier ministre. Méthodologie harmonisée, pilotage centralisé, maîtrise des coûts : les intentions sont claires. Reste l’épreuve de l’exécution, dans un environnement administratif souvent rétif aux restructurations.
En filigrane, ce Conseil des ministres révèle une constante : la recherche d’un État plus cohérent, plus protecteur et plus efficace, sans rupture brutale mais par ajustements successifs. Une gouvernance de consolidation, qui avance par décrets, budgets et réformes sectorielles, avec une exigence implicite : que la cohérence d’ensemble affichée se traduise, sur le terrain, par des résultats tangibles.

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