Le président Guelleh qualifie l'attaque contre le Qatar d'"agression" contre le monde arabo-musulman
Chronique politique :
À Doha, lors du sommet conjoint de la Ligue des États arabes et de l’OCI, son Excellence Ismaïl Omar Guelleh a marqué les esprits en qualifiant l’attaque israélienne contre le Qatar « d’agression visant l’ensemble du monde arabo-musulman ». Cette formule, lourde de sens, replace un événement grave dans une lecture plus large : celle d’une atteinte collective à la souveraineté et à la dignité des nations arabes et musulmanes.
Le chef de l’État n’a pas seulement dénoncé un acte hostile. Il a rappelé que Doha n’est pas une capitale parmi d’autres : le Qatar s’est imposé, depuis deux décennies, comme un acteur singulier de la scène régionale, oscillant entre médiation, diplomatie active et projection de soft power. En attaquant ce pays, Israël a voulu signifier sa capacité de dissuasion dans un environnement perçu comme fragmenté.
Face à cette provocation, le président Guelleh a adopté un double registre. D’abord, celui de l’indignation morale, en défendant le Qatar comme « un phare de paix » injustement ciblé. Ensuite, celui de l’exigence politique, en appelant à la mise en place d’une enquête internationale et d’un « cadre de réaction collective arabe et islamique ». Son message est clair : le temps des simples condamnations doit céder la place à des mécanismes concrets de solidarité.
La question de fond, toutefois, reste entière : le monde arabo-musulman en a-t-il les moyens ? Les divisions internes, les dépendances sécuritaires et l’absence d’outils institutionnels solides fragilisent toute volonté de réponse commune. Ni la Ligue arabe ni l’OCI n’ont, à ce jour, prouvé leur capacité à dépasser le stade des déclarations.
L’intervention de Guelleh prend une résonance particulière au regard de la position de Djibouti. Petit État au carrefour de la mer Rouge, le pays a fait de la diplomatie et du rappel au droit international une part essentielle de son influence. Défendre le Qatar, c’est aussi affirmer le rôle des États modestes : ils ne disposent pas du poids militaire, mais ils peuvent incarner des voix de principe dans un ordre mondial marqué par l’impunité.
Au-delà de l’espace arabe et musulman , cette affaire soulève une interrogation plus vaste : quelle valeur conserve le droit international si des agressions flagrantes peuvent se multiplier sans conséquence ? Les Nations unies, fragilisées par leur incapacité à résoudre d’autres crises, voient ici un nouveau test de leur crédibilité.
Enfin de compte , l’allocution du président Guelleh résonne comme un avertissement. L’attaque contre Doha peut être réduite à un épisode supplémentaire dans l’histoire des humiliations subies par le monde arabe. Mais elle pourrait aussi devenir un catalyseur : celui d’une solidarité enfin traduite en actes. Entre inertie et sursaut, le choix appartient désormais aux capitales arabes et musulmanes.






Commentaires