Mémorial de la paix d'Arta , consécration d'un pari historique

 


Alors que la République fédérale de Somalie célèbre cette année le retrait complet de la Mission de transition de l'Union africaine (ATMIS) et son adhésion à la Communauté d'Afrique de l'Est, marquant son plein retour sur la scène internationale, il est essentiel de se souvenir du moment charnière où cette renaissance est devenue possible. Il y a un quart de siècle, dans la quiétude des collines d'Arta, la République de Djibouti, sous la vision clairvoyante du Président Ismaïl Omar Guelleh, posait les fondations de la souveraineté retrouvée de la Somalie.



Une médiation visionnaire dans une région en crise


Au tournant de l'an 2000, la Somalie était l'archétype de l'État effondré, déchiré par près d'une décennie de conflits fratricides et de divisions claniques. Les tentatives de réconciliation pilotées par la communauté internationale s'étaient enlisées, échouant à endiguer la puissance des seigneurs de guerre.


Dans ce contexte de profond pessimisme, Djibouti a pris une initiative audacieuse et atypique. Rejetant le paradigme qui consistait à traiter avec les factions armées, le Président Guelleh a parié sur le peuple somalien lui-même. La Conférence de paix d'Arta, ouverte en juin 2000, a délibérément mis à l'honneur la société civile : anciens, chefs religieux, femmes, intellectuels et membres de la diaspora. Cette approche inclusive et ascendante constituait une rupture radicale et deviendra la marque de fabrique du « Modèle d'Arta ».


Pendant plusieurs mois, la localité d'Arta s'est transformée en un laboratoire vivant de la renaissance politique somalienne. Dans un cadre strict régi par l'interdiction des armes et des démonstrations de force, des centaines de délégués ont débattu avec passion de l'avenir de leur nation. La République de Djibouti a assumé l'essentiel du fardeau logistique et financier de cette entreprise, démontrant son engagement indéfectible pour la stabilité de la Corne de l'Afrique.


Le fruit de ces laborieux efforts fut la Charte nationale transitoire, adoptée en août 2000. Cette conférence historique a restauré l'architecture institutionnelle de la Somalie en établissant un Parlement de transition et un exécutif. Pour la première fois depuis 1991, un leadership national, incarné par le Président Abdulkassim Salad Hassan, était désigné par un large consensus populaire et non imposé par les armes.


La réussite immédiate d'Arta fut triple : la Somalie retrouvait un Président, un Parlement et un Gouvernement, entités rapidement reconnues par la communauté internationale. Le pays réintégrait son siège au sein de l'Union africaine et des ambassades rouvrirent à Mogadiscio. Si les défis sécuritaires persistaient, un cap décisif avait été franchi : l'idée d'un État somalien central était ressuscitée.



Dans la foulée , l’initiative d'Arta a projeté Djibouti sur le devant de la scène diplomatique régionale, consolidant son statut de plateforme stratégique pour la paix et le dialogue. La méthode éprouvée à Arta , privilégier l'inclusivité, la société civile et la neutralité de l'hôte , a servi de matrice pour les processus de paix ultérieurs, notamment les Accords de Mbagathi au Kenya en 2004. Les Nations Unies, la Ligue arabe et l'Union africaine ont salué le rôle de Djibouti, consacrant sa place comme un acteur clé de la médiation dans la région.


25 ans après, quel chemin parcouru ! 


Vingt-cinq ans plus tard, le pari d'Arta porte ses fruits. La Somalie d'aujourd'hui, bien que confrontée à des défis persistants, a fermé la page de la tutelle internationale. Le retrait d'ATMIS, la montée en puissance de l'armée nationale somalienne et la reprise de vastes territoires aux mains des terroristes shebab témoignent du recouvrement progressif du contrôle territorial.


Cette souveraineté retrouvée s'incarne également dans des avancées politiques majeures : l'adoption d'une nouvelle Constitution, la perspective d'élections au suffrage universel direct et l'adhésion à la Communauté d'Afrique de l'Est. La Somalie parle à nouveau d'égale à égale avec ses voisins et partenaires internationaux.


Enfin , la conférence d'Arta n'a pas miraculeusement apporté la paix à la Somalie. Son mérite fut bien plus profond et durable : elle a restauré la foi dans la possibilité d'un État somalien unifié. En offrant une tribune aux Somalis eux-mêmes, Djibouti a rendu possible ce qui semblait impensable.


Aujourd'hui, alors que Mogadiscio assume pleinement son destin souverain, l'esprit visionnaire qui anima les collines d'Arta en l'an 2000 demeire une leçon d'espoir et de persévérance. L'histoire retiendra qu'Arta n'a pas créé la paix instantanée, mais qu'elle en a posé les fondations indispensables, permettant à la nation somalienne de se reconstruire, pierre par pierre.

 

C'est dans cette symbolique forte que sera inauguré demain le Mémorial de la Paix d'Arta, où les Présidents djiboutien et somalien côte-à-côte scelleront par leur présence vingt-cinq ans d'engagement commun. La cérémonie rappellera une vérité géopolitique essentielle : dans la construction de la paix, la volonté politique et l'intelligence du terrain l'emportent souvent sur les moyens matériels. Alors que des puissances internationales s'étaient résignées face au "cas désespéré" somalien, Djibouti, par une diplomatie audacieuse et visionnaire, démontrait qu'il appartient parfois aux plus modestes d'écrire les pages les plus décisives de l'histoire régionale.


Arta n’avait pas créé la paix. Arta avait rendu la paix possible.




 

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