Chronique politique
Les séances du Conseil des ministres ressemblent souvent à des routines administratives. C’est oublier qu’elles sont, à bien des égards, le véritable baromètre de l’action d’un gouvernement. Celui présidé ce matin par le Président de la République Son Excellence Ismail Omar Guelleh ne déroge pas à la règle. Bien au contraire. Il dessine, par la technicité même des dossiers évoqués, les contours d’une ambition renouvelée pour Djibouti, à mi-chemin entre la pragmatique gestion des urgences du présent et la projection résolue vers un avenir stratégique.
Le dossier le plus emblématique est sans conteste l’adoption du nouveau Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU). Derrière ce terme technique se cache un enjeu existentiel pour la capitale : comment canaliser une croissance démographique et économique explosive qui, si elle n'est pas maîtrisée, pourrait engendrer congestion, insalubrité et fractures sociales ?
La réponse du gouvernement est d'une clarté remarquable. Il ne s'agit plus de subir l'expansion urbaine, mais de la diriger. Le modèle de "pôle majeur et de pôles secondaires spécialisés" est une rupture avec le développement concentrique et désordonné que connaissent la plupart des capitales africaines. En programmant un quartier d'affaires, un parc aéronautique ou une cité aéroportuaire, l'exécutif ne planifie pas seulement la ville de 2035 ; il construit dès aujourd'hui l'écosystème économique de demain. C'est une politique de l'offre : créer les infrastructures qui attireront les investissements et généreront une croissance qualitative.
Le projet de budget 2026, présenté en équilibre, est un autre exercice de haut vol. Dans un contexte international encore volatile, le gouvernement affiche une sérénité budgétaire certaine. La croissance de +1,0% peut sembler modeste, mais elle est le signe d'une gestion prudente, refusant la fuite en avant dans l'endettement.
Les priorités sont claires : maîtriser la masse salariale et les dépenses de fonctionnement pour dégager des marges de manœuvre en faveur de l'investissement public. C'est le sens de la croissance, tirée à 7% par ces mêmes investissements. L'État mise sur lui-même pour entraîner le secteur privé et l'ensemble de l'économie. Le fait que 92% des ressources proviennent des recettes courantes est un signal fort : Djibouti finance majoritairement son développement par ses propres moyens, une marque de souveraineté économique qui n'est pas si courante sur le continent.
Enfin, la litanie des comptes-rendus diplomatiques ne doit pas être vue comme une simple revue de prestige. La participation du Chef de l'État à l'inauguration du Grand Musée Égyptien, les mémorandums signés avec le Qatar ou les travaux avec le Rwanda relèvent d'une même stratégie : ancrer Djibouti au cœur des réseaux d'influence et de coopération.
Chaque signature, chaque participation à un forum est une opportunité de positionner le pays comme un partenaire fiable et un acteur incontournable dans sa région. Le thème du tourisme "propulsé par l'IA" abordé à Riyad montre une volonté de ne pas rater le train des révolutions technologiques, même dans des secteurs traditionnels.
Au-delà des décisions individuelles, ce Conseil des ministres révèle une méthode, que l'on pourrait qualifier de "méthode Guelleh" : une planification de long terme couplée à une gestion rigoureuse du court terme ; une vision stratégique servie par une exécution administrative méticuleuse ; une ouverture sur le monde qui ne se fait pas au détriment de la souveraineté nationale.
Le chemin reste long et les défis, immenses. Mais à la lecture de ce compte-rendu, une conviction s'impose : Djibouti ne se contente pas de subir son destin. Il le construit, point par point, décret par décret, avec une patience et une détermination qui pourraient bien, à long terme, faire la différence. Le laboratoire du Conseil des ministres est en effervescence, et ses expérimentations dessinent les lignes d'un futur que beaucoup lui envient déjà.

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