Djibouti, un modèle de développement souverain et visionnaire à l’aube de 2035

 Décryptage


 La Chronique de l'Est vous propose aujourd'hui un décryptage du dossier « Djibouti vers la nouvelle étape » paru dans le dernier numéro du magazine Découverte. Notre objectif : vous offrir une lecture synthétique et analytique des marqueurs de la vision politique du président Ismaïl Omar Guelleh , un modèle politique que les djiboutiens appellent communément l'iogisme . 

Ce modèle présidentiel s'articule autour d'un triptyque fondamental : la stabilité intérieure comme prérequis indispensable, l'exploitation rationnelle de l'avantage géostratégique national, et une projection économique ambitieuse vers 2035. Au-delà des réalisations tangibles déjà visibles, cette vision stratégique cherche à inscrire Djibouti dans une dynamique de puissance régionale assumée et souveraine.




L’accession du Président Guelleh au pouvoir en 1999 coïncidait avec une période de fragilité nationale, marquée par des tensions communautaires et un conflit avec le FRUD. L’accord de paix historique de 2001 a constitué l’acte fondateur d’un nouveau cycle politique, scellant l’image d’un homme d’État déterminé à pacifier et à unir la nation. Dès ses débuts, la « méthode Guelleh » a érigé la stabilité politique en condition sine qua non de tout développement. Cette priorité s’est accompagnée d’une centralisation stratégique au sein de la présidence, permettant une exécution rapide des projets et une maîtrise des équilibres internes dans un environnement régional souvent tumultueux.


Le modèle présidentiel a su identifier et exploiter le principal gisement de richesse du pays : sa position géographique. En se hissant au rang de plateforme logistique majeure à l’entrée du détroit de Bab el-Mandeb ( artère vitale pour près de 10% du commerce maritime mondial ) , Djibouti a opéré un choix stratégique décisif au début des années 2000. La modernisation des ports, la création du terminal polyvalent de Doraleh et l’installation d’une vaste zone franche internationale ont matérialisé cette ambition. Le pays est ainsi devenu le poumon maritime de l’Éthiopie, traitant plus de 90% de son commerce extérieur. Les chiffres attestent du succès de cette politique : le PIB a été multiplié par huit entre 2000 et 2022, et le revenu par habitant est passé de moins de 600 dollars à plus de 3 200 dollars en 2021. La question qui se pose aujourd’hui est celle de la transition d’une croissance portuaire vers une prospérité socialement partagée.


La singularité du modèle djiboutien réside également dans sa gestion avisée des relations internationales. En accueillant simultanément les bases militaires de puissances parfois rivales ( États-Unis, France, Japon, Italie et Chine ),  Djibouti a mis en œuvre une stratégie réfléchie de « multipartenariat équilibré ». Cette approche vise à diversifier les alliances pour préserver la souveraineté nationale. Outre la sécurité qu’elle confère dans une région volatile, cette présence militaire génère des revenus substantiels. Le revers de cette stratégie est une dépendance financière, principalement envers la Chine, premier bailleur de fonds du pays. En 2023, la dette publique atteignait 67,9% du PIB, dont plus de la moitié liée à des financements chinois. La vision présidentielle consiste à transformer cette contrainte en opportunité, utilisant les rivalités internationales pour élargir la marge de manœuvre du pays.


En outre, la décision de 2018 de rompre le contrat de concession du terminal à conteneurs avec DP World a constitué un acte politique fondateur. Loin d’être une simple dispute juridique, cette démarche a affirmé avec force la volonté de Djibouti de contrôler ses actifs stratégiques. Depuis la reprise du terminal par la Société de Gestion du Terminal de Doraleh (SGTD), le trafic est passé d’environ 500 000 EVP à plus de 1,2 million d’EVP en 2024. Ce succès opérationnel est la démonstration concrète d’une doctrine centrale de la vision présidentielle : les investissements étrangers sont les bienvenus, mais l’État doit rester maître des leviers stratégiques de son développement.


La nouvelle étape engagée par Djibouti opère un pivot essentiel : après avoir bâti les infrastructures, le modèle présidentiel doit désormais produire de l’inclusion sociale. La Vision 2035 mise résolument sur la transition énergétique et la durabilité. L’objectif de 100% d’électricité renouvelable d’ici 2030 est en bonne voie, avec le parc éolien du Goubet et des projets géothermiques et solaires. L’initiative novatrice du Africa Sovereign Carbon Registry, visant à taxer les émissions des navires pour financer la souveraineté climatique, témoigne de l’ambition de Djibouti d’être un acteur du développement durable. Le défi social, cependant, demeure. Malgré une croissance robuste, les inégalités persistent, une part importante de la population vit dans des zones urbaines précaires et le chômage reste élevé. Le succès de la Vision 2035 se mesurera à la capacité du pays à transformer ses performances macroéconomiques en amélioration tangible du quotidien des familles djiboutiennes.


Si la vision du Président Ismaïl Omar Guelleh a indéniablement offert à Djibouti la stabilité, attiré les investissements stratégiques et projeté la nation sur une trajectoire continentale ascendante, la prochaine étape ne se jouera plus uniquement sur les ports, les infrastructures ou les alliances internationales. L'enjeu désormais est double : générer une prospérité largement partagée et assurer la pérennité du modèle de développement au-delà de son architecte initial.


Par ailleurs, devenu un acteur géoéconomique incontournable, Djibouti se trouve désormais à la croisée des chemins. La réussite macroéconomique et la stature internationale acquises sous l'impulsion de la "méthode Guelleh" doivent désormais accomplir leur ultime transformation : passer des statistiques brillantes à l'amélioration tangible du quotidien de chaque Djiboutien. C'est à l'aune de cette émergence socialement partagée que l'histoire jugera la pleine réussite du modèle.


Dans cette phase décisive, la continuité du leadership présidentiel s'impose comme le garant naturel de l'aboutissement des chantiers stratégiques en cours. Seule la persévérance dans la vision ayant transformé le destin national peut assurer la concrétisation définitive de la Vision 2035, ultime étape vers une prospérité enfin accessible à tous.

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