Djibouti consolide son statut d’acteur incontournable de la sécurité régionale

 Chronique politique 


Certaines décisions relèvent de la gestion courante. D’autres traduisent une vision. La mise en service du format rénové du camp militaire « Maryama », ce mardi, par le Président de la République, Son Excellence Ismail Omar Guelleh, appartient sans conteste à la seconde catégorie.

Car derrière la réhabilitation d’une infrastructure militaire historique se dessine en réalité une reconfiguration décisive du rôle de Djibouti dans son environnement régional.


Longtemps, le camp « Maryama » a été le creuset silencieux de la formation et de l’aguerrissement des contingents djiboutiens appelés à servir sur des théâtres extérieurs exigeants, notamment dans le cadre des missions africaines et internationales de maintien de la paix. Il fut un outil. Il devient aujourd’hui un levier.


Sur la forme, la transformation est visible. Le site s’est doté de nouveaux blocs fonctionnels : commandement, administration, hébergement modernisé, espaces distincts pour le personnel féminin, quartiers dédiés aux officiers et sous-officiers. Une aile est désormais réservée aux personnalités de haut rang en séjour sur le site. 



La capacité d’accueil est portée à environ 2 100 militaires. Ce chiffre n’est pas anodin : il marque un changement d’échelle.

Cette montée en puissance traduit un choix politique clair : investir dans la professionnalisation continue des forces armées et adapter l’outil militaire aux standards contemporains. Dans un environnement régional instable, où la Corne de l’Afrique demeure un espace sensible sous tension, la robustesse des capacités nationales n’est pas un luxe mais une nécessité.


Mais la véritable rupture se situe sur le fond.


Le camp rénové introduit désormais des modules avancés de simulation et de maîtrise préalable des scénarios de guerre en salle, avant toute projection sur le terrain. La formation ne se limite plus à l’aguerrissement physique ; elle intègre l’anticipation prospective, la modélisation des crises et l’entraînement aux environnements complexes.

Or, cette évolution inscrit Djibouti dans une logique de modernisation doctrinale : préparer les forces non seulement à combattre mais à comprendre, anticiper et stabiliser.


C’est sur ce socle que l’État djiboutien, sous l’impulsion directe du Chef suprême des forces armées, revoit à la hausse les missions assignées à « Maryama ». Le site quitte son statut initial de centre d’entraînement national pour devenir une plateforme d’intégration régionale.

Autrement dit, Djibouti ne forme plus seulement ses soldats ; il se positionne comme un pôle régional d’excellence en matière de maintien de la paix.


Dans sa déclaration aux médias, le Président Ismail Omar Guelleh a souligné « la vocation établie de ce nouveau centre armé de Djibouti à contribuer à la stabilisation de notre région ». La formule est mesurée. Elle est surtout déterminante.


Depuis plus de deux décennies, Djibouti a fait de la stabilité un axe cardinal de sa diplomatie. À l’intersection de la mer Rouge et de l’océan Indien, au carrefour des intérêts internationaux, le pays a choisi de transformer sa géographie en atout géopolitique.


La modernisation de « Maryama » s’inscrit dans cette continuité : offrir à la région un espace de formation et de préparation aux missions de paix, dans un cadre structuré et sécurisé.


Le soutien des États-Unis, partenaire privilégié de Djibouti, dans l’acquisition de ce dispositif confirme la dimension déterminante de l’initiative. Il ne s’agit pas d’un simple appui technique mais d’une reconnaissance implicite du rôle stabilisateur que joue Djibouti dans la Corne de l’Afrique.


La présence institutionnelle autour du Chef de l’État a traduit l’unité des pouvoirs publics. Aux côtés du Président Guelleh figuraient notamment le Premier Ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, le Président de l’Assemblée nationale, Dileita Mohamed Dileita, ainsi que l’ensemble des membres du Gouvernement. Parmi eux, le Ministre de la Défense, chargé des Relations avec le Parlement, Hassan Omar Mohamed, dont la présence soulignait la portée institutionnelle et sécuritaire de l’événement.


À la tête du commandement, le Général Zakaria Cheikh Ibrahim, Chef d’état-major général, incarne cette armée djiboutienne professionnalisée, engagée et reconnue pour sa participation active aux missions africaines et internationales.


La participation de l’Ambassadrice des États-Unis, Madame Cynthia Kierscht, a quant à elle mis en lumière la profondeur du partenariat et la dimension déterminante de cette montée en gamme.


Au-delà de l’événement, le signal est limpide.


Dans un contexte où les menaces asymétriques, les crises transfrontalières et les instabilités politiques continuent de fragiliser la région, Djibouti choisit d’investir dans la prévention plutôt que de subir l’imprévisible.


En rehaussant les missions du camp « Maryama », le Président Ismail Omar Guelleh ne se contente pas d’inaugurer des bâtiments rénovés. Il affirme une doctrine : celle d’un État qui assume sa responsabilité régionale, consolide sa souveraineté sécuritaire et renforce son rôle de contributeur actif à la paix.


La stabilité n’est pas une posture. Elle est une stratégie.

Et « Maryama », dans sa nouvelle configuration, en devient l’un des instruments majeurs.








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