Le Gouvernement a officiellement lancé, ce lundi au Grand Hôtel Eyla, le Plan national de développement 2025–2030, baptisé PND ADEEG 2025–2030. Au-delà d’un simple exercice de planification, l’événement marque l’ouverture d’un nouveau cycle stratégique, pensé pour consolider la croissance, accélérer la transformation structurelle et inscrire durablement le pays dans une trajectoire de durabilité et de résilience.
Sous la présidence du Premier ministre Abdoulkader Kamil Mohamed, la cérémonie a rassemblé les principaux membres du gouvernement, les représentants des institutions nationales, ainsi que les partenaires techniques et financiers. Étaient notamment présentes la Représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Mme Alessandra Roccasalvo, et la représentante de la Banque mondiale, Mme Fatou Fall. Cette large mobilisation illustre une volonté commune d’harmoniser les priorités nationales avec les évolutions régionales et internationales en matière de développement.
Le PND ADEEG 2025–2030 se veut le cadre de référence exclusif de l’action publique pour les cinq prochaines années. Il prolonge les acquis des cycles précédents, notamment la SCAPE 2015–2019 et le programme « Djibouti ICI » 2020–2024, tout en intégrant les enseignements d’un contexte mondial profondément bouleversé par la pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques et l’intensification des chocs climatiques.
Le nouvel instrument stratégique repose sur cinq principes structurants : Adaptation, Diversification, Émergence, Équité et Gouvernance. À travers cette architecture conceptuelle, l’État entend opérer un rééquilibrage progressif de son modèle économique, réduire la vulnérabilité sociale et climatique, et élargir les bases productives nationales.
À l’horizon 2030, les objectifs affichés sont ambitieux : une croissance moyenne estimée à 8,6 %, un renforcement du poids des secteurs primaire et secondaire dans le PIB, une réduction significative de la pauvreté monétaire, ainsi qu’une amélioration mesurable des indicateurs sociaux et de gouvernance.
Le plan s’articule autour de quatre axes majeurs.
Le premier concerne la diversification économique et la transformation structurelle. Il prévoit le développement d’une énergie fiable et verte, la consolidation du hub logistique multimodal, la modernisation de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, ainsi qu’une montée en gamme industrielle. Le numérique, le tourisme, les industries créatives et le positionnement comme centre financier régional figurent également parmi les leviers identifiés.
Le deuxième axe place le capital humain au cœur de la stratégie. L’amélioration de l’éducation et de la formation technique, le renforcement du système de santé, l’extension des dispositifs de protection sociale et l’inclusion accrue des jeunes et des femmes constituent des priorités affirmées. Le Programme national de capital humain est pleinement intégré à cette trajectoire, traduisant une conviction centrale : la transformation économique repose d’abord sur l’investissement dans les femmes et les hommes du pays.
Le troisième axe vise la modernisation de la gouvernance et l’amélioration de l’environnement des affaires. Il s’agit de renforcer la transparence, d’optimiser la planification macro-budgétaire, de soutenir le secteur privé et de promouvoir l’innovation. L’objectif est clair : accroître l’efficacité de l’action publique et stimuler la compétitivité nationale.
Enfin, le quatrième axe porte sur la transition écologique et la résilience. Adaptation climatique des infrastructures, gestion durable de l’eau et des terres, promotion de l’économie circulaire et de l’économie bleue, renforcement de la gouvernance environnementale : le PND entend inscrire la croissance dans un cadre durable, en cohérence avec les engagements internationaux.
En outre, le coût global du plan est estimé à 1 215,6 milliards de francs djiboutiens. Son financement reposera sur une combinaison de ressources propres, d’appuis des partenaires techniques et financiers et de partenariats public-privé. Le dispositif de mise en œuvre sera adossé à des cadres budgétaires pluriannuels et aux lois de finances, avec un système de suivi régulier des indicateurs de performance.
Cette approche traduit une volonté de rompre avec une planification déclarative pour privilégier une gestion axée sur les résultats, fondée sur l’évaluation continue et la redevabilité.
Dans son intervention, la Représentante résidente du PNUD Mme Alessandra Roccasalvo a salué la cohérence et l’ambition du document stratégique, soulignant que son adoption illustre la capacité de Djibouti à conduire son développement sur la base d’un dialogue national élargi.
M. José Barahona, Coordonnateur résident du Système des Nations Unies, a souligné que le Plan national de développement ADEEG 2025–2030 traduit une vision stratégique en priorités opérationnelles et en résultats mesurables au bénéfice des Djiboutiennes et des Djiboutiens. Il a insisté sur la nécessité de maintenir le cap des réformes, de convertir les orientations en actions concrètes et d’assurer une mise en œuvre rigoureuse, transparente et partenariale dans la durée. Réaffirmant l’engagement de l’Équipe de pays des Nations Unies à Djibouti, il a assuré de son appui au Gouvernement pour accompagner la réalisation d’un développement durable, inclusif et résilient.
La représentante de la Banque mondiale Mme Fatou Fall a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’une diversification sélective et opérationnelle, rappelant que l’expérience internationale démontre l’importance de concentrer les efforts sur des chaînes de valeur prioritaires capables de générer rapidement productivité, emplois et exportations.
Prenant la parole, le Premier ministre M Abdoulkader Kamil a qualifié le lancement du PND de « moment politique majeur ». Selon lui, il ne s’agit pas d’un simple exercice technique, mais d’une étape décisive dans la définition collective de la trajectoire nationale pour les cinq prochaines années. Il a précisé que l’atelier poursuivait un double objectif : officialiser le référentiel 2025–2030 et assurer l’intégration pleine et entière du capital humain comme socle de la transformation.
Le ministre de l’Économie et des Finances chargé de l’Industrie, Ilyas Moussa Dawaleh, a présenté un diagnostic macroéconomique détaillé et exposé les leviers de transformation retenus. Il a insisté sur la nécessité de consolider une croissance plus inclusive, capable de répondre simultanément aux défis de la pauvreté, des inégalités et des vulnérabilités climatiques.
Le lancement du PND ADEEG 2025–2030 marque ainsi une étape structurante dans le parcours de développement national. Il traduit une volonté politique affirmée d’articuler croissance économique, justice sociale et transition écologique dans un cadre cohérent et opérationnel.
À travers ce nouveau cycle de planification, Djibouti entend consolider son positionnement comme pôle économique régional, tout en garantissant que les fruits de la croissance bénéficient à l’ensemble de la population. L’enjeu, désormais, réside dans la capacité collective à transformer cette architecture stratégique en réalisations concrètes, mesurables et durables
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