Djibouti : le mariage en pleine expansion, un marqueur des transformations sociales

 

Les dernières statistiques publiées par l’Institut de la Statistique de Djibouti (INSTAD) révèlent une évolution notable des structures familiales dans le pays au cours des six dernières années. Entre 2019 et 2024, le paysage conjugal djiboutien connaît un essor spectaculaire des mariages officiels, tandis que le nombre de divorces reste relativement stable.


Selon le rapport basé sur les données du Tribunal de Statut Personnel, l’année 2019 avait enregistré 955 divorces pour 4817 mariages . À partir de 2020, un changement majeur s’observe : les unions enregistrées passent à 4 354, avant d’atteindre 5 215 en 2021. Entre 2022 et 2024, le nombre se stabilise autour de 4 700 à 4 800 par an, marquant une multiplication par cinq des mariages en seulement deux ans.


Cette hausse traduit plus qu’un simple phénomène statistique. Elle reflète une recomposition sociale où le mariage formalisé s’impose comme norme, marquant un passage du mariage coutumier à une reconnaissance institutionnelle et publique. « L’union conjugale devient un acte visible et légitime, intégrant la sphère sociale et affirmant l’identité des couples dans l’espace collectif », relève le rapport.



Dans un contexte de transformations économiques et d’urbanisation rapide, le mariage officiel apparaît comme un repère stable. Il offre un cadre structurant pour les projets familiaux, tout en répondant à un besoin de ritualisation et d’ancrage dans une société en mutation.


Contrairement à l’explosion des mariages, le flux des divorces reste constant. Cette stabilité reflète la persistance de tensions économiques et sociales au sein des couples, mais aussi l’existence d’un « noyau dur » d’alliances anciennes. Elle souligne surtout que l’institution matrimoniale conserve sa légitimité, même face aux défis contemporains.


La jeunesse joue un rôle déterminant dans cette évolution. Pour les nouvelles générations, le mariage officiel représente une forme modernisée d’engagement, conciliant autonomie individuelle et reconnaissance sociale. Il redéfinit les traditions tout en s’adaptant aux réalités urbaines et aux aspirations contemporaines.


Par ailleurs, la hausse de l’éducation et de la participation économique des femmes influence les rapports au sein du couple. Le mariage institutionnalisé devient un cadre négocié, reconnaissant les droits et responsabilités de chaque partenaire. La légère augmentation des divorces en 2023-2024 traduit une moindre tolérance aux unions insatisfaisantes et une réévaluation des seuils d’acceptation des couples.


En conclusion, les données officielles montrent que le mariage à Djibouti se réinvente. Il s’affirme comme un pilier social visible et structurant, reflet des transformations profondes de la société djiboutienne et de l’évolution des pratiques familiales dans un monde en mutation.





 

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