Marchés publics : vers une gouvernance contractuelle renouvelée
Il y a des réformes qui se contentent de corriger des procédures. Et il y a celles qui redéfinissent un rapport de confiance entre l’État et les acteurs économiques. L’atelier conjoint organisé par la Commission Nationale des Marchés Publics, en partenariat avec la Chambre de Commerce de Djibouti et avec l’appui du Ministère du Commerce et du Tourisme, appartient à cette seconde catégorie.
La commande publique n’est pas un simple mécanisme administratif. Elle est un révélateur. Révélateur du niveau de maturité institutionnelle d’un État. Révélateur de la qualité de sa gouvernance. Révélateur, enfin, de sa capacité à transformer la dépense publique en levier de développement.
En plaçant le dialogue avec le secteur privé au cœur de la réforme des marchés publics, les autorités envoient un signal politique clair : la modernisation ne se décrète pas, elle se construit dans l’échange, la clarification des règles et l’acceptation d’une responsabilité partagée.
Car le constat est connu. Dans de nombreux contextes, les marchés publics peuvent devenir des zones grises, minées par l’incompréhension des procédures, les lenteurs administratives ou la défiance mutuelle. À l’inverse, lorsqu’ils sont encadrés par des règles transparentes, maîtrisées et appliquées avec rigueur, ils deviennent un puissant instrument de structuration économique.
La démarche engagée par la CNMP vise précisément ce basculement. Professionnalisation des acteurs, réduction des délais, publication régulière des statistiques, rapport annuel d’activité, digitalisation progressive : autant d’outils qui traduisent une volonté d’installer une culture de la traçabilité et de la performance.
Mais la technique ne suffit pas. La réussite d’un système de passation des marchés repose sur un triptyque indissociable : clarté normative, sécurité juridique et confiance. Sans ces trois piliers, l’ouverture formelle des procédures ne garantit ni l’équité ni l’efficacité.
Le secteur privé, de son côté, ne peut se positionner comme simple observateur critique. S’il revendique un accès élargi à la commande publique, il lui appartient également d’assumer une exigence d’éthique, de conformité et de qualité d’exécution. La compétitivité ne se décrète pas ; elle se démontre.
L’intérêt de cet atelier réside ainsi dans son ambition d’instituer un cadre permanent de concertation. La mise en place d’un mécanisme structuré entre la CNMP et les représentants des opérateurs économiques rompt avec une logique d’échanges ponctuels. Elle ouvre la voie à un dialogue institutionnalisé, capable d’identifier les blocages, de corriger les dysfonctionnements et d’anticiper les évolutions nécessaires.
Au fond, la question dépasse la seule gestion des contrats publics. Elle touche à la crédibilité de l’action publique. Chaque marché attribué selon des règles claires renforce la confiance. Chaque procédure maîtrisée consolide l’image d’un État régulateur fiable. Chaque entreprise nationale accompagnée dans sa montée en compétence participe à l’élargissement de la base productive.
La promotion de la préférence nationale, évoquée lors des travaux, s’inscrit dans cette logique. Elle ne saurait être une dérogation aux principes de concurrence et d’équité, mais une orientation encadrée, destinée à consolider les capacités locales sans fragiliser la transparence du système.
L’enjeu, en définitive, est stratégique : faire de la commande publique un espace d’opportunités accessibles et non un territoire d’incertitudes. Un espace d’équité et non de suspicion. Un espace de performance et non de lenteur.
La modernisation des marchés publics constitue un test pour la gouvernance économique nationale. Si le dialogue engagé se traduit par des mécanismes opérationnels, des indicateurs mesurables et des résultats tangibles, il marquera une étape significative dans la consolidation institutionnelle.
L’État a exprimé sa volonté d’écouter. Le secteur privé a réaffirmé son engagement. Reste désormais à transformer cette convergence déclarative en dynamique durable. Car la commande publique, lorsqu’elle est bien gouvernée, ne finance pas seulement des projets : elle construit la confiance, structure l’économie et prépare l’avenir.

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