Djibouti – Chine : le partenariat sort du cadre des chantiers pour entrer dans celui des modèles

 Au terme d’une mission d’une semaine en Chine, le secrétaire général du Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), également ministre de l’Économie et des Finances, a posé les bases d’une coopération renouvelée avec Pékin. Après des années consacrées aux infrastructures, les discussions menées à Dalian puis à Pékin ouvrent la voie à un partenariat global, intégrant finance, technologies et gouvernance politique. 


Une vision qui dépasse les mégaprojets


La tournée chinoise d’Ilyas Moussa Dawaleh aura duré une semaine. Mais elle aura surtout marqué un basculement : après des années consacrées aux grues, aux rails et aux conteneurs, la relation entre Djibouti et la Chine entre dans une phase où le logiciel prime désormais sur le hardware.



À Dalian, l’heure était encore aux mégaprojets industriels. À Pékin, ce matin, face à Liu Haixing, ministre du Département international du Parti communiste chinois, le secrétaire général du RPP a posé des jalons d’une tout autre nature. Le message, martelé dans les couloirs du ministère, est clair : Djibouti ne veut plus être seulement une porte d’entrée sur le continent, mais un laboratoire pour la prochaine génération de coopération sino-africaine.


Le yuan et les zones franches : un pari sur la liquidité


Le dossier financier a donné le ton. L’idée d’une zone offshore dédiée au yuan n’est pas neuve dans les milieux d’affaires, mais sa mise sur la table au plus haut niveau politique change la donne. Pour Djibouti, ce n’est pas une simple vitrine : c’est une façon de sortir de la dépendance au dollar et d’attirer des capitaux asiatiques en quête de relais africains. L’accord de non-double imposition évoqué en parallèle n’a rien d’un détail technique ; il est la condition sine qua non pour que les banques et les trésoreries d’entreprise prennent vraiment le pari au sérieux.


Sur le plan industriel, le textile et l’agro-transformation ont été cités, mais avec une précision nouvelle : des modules de formation sont déjà en discussion, et les incitations fiscales promises visent à rendre le coût du travail djiboutien compétitif par rapport à d’autres hubs est-africains. L’enjeu est clair : créer des emplois stables avant que la démographie ne transforme l’atout en pression.


L’intelligence artificielle pour anticiper l’après-port


Ce qui frappe dans les échanges de ce jour, c’est l’insistance mise sur les technologies de rupture. IA, blockchain, objets connectés : le vocabulaire tranche avec les habituels communiqués sur les infrastructures. Une Académie des métiers du futur, portée par des entreprises chinoises, est à l’étude. Derrière le nom flatteur se cache une nécessité : Djibouti sait que ses jeunes ne vivront pas tous du transit portuaire. Former aux outils numériques, c’est préparer une génération à ne pas subir la révolution technologique, mais à la capter.


Les échanges ont également glissé, à bruit feutré, sur les questions sécuritaires. Sans en faire le point central, les deux délégations ont confirmé une convergence sur la stabilité dans la Corne de l’Afrique. Djibouti, carrefour stratégique, voit dans cette coordination un gage de crédibilité diplomatique : être un hub, certes, mais un hub sécurisé.


Une task force pour éviter les promesses en suspens


La proposition la plus concrète de la délégation djiboutienne tient en trois mots : task force interinstitutionnelle. Le RPP veut sortir des sommets déclaratifs pour installer un pilotage permanent. À ses côtés, un conseil présidentiel Djibouti–Chine et un dialogue stratégique annuel entre les deux partis viendraient verrouiller le dispositif. L’idée est simple : trop de partenariats africains s’essoufflent faute de suivi. Ici, le politique reprend la main sur l’administratif.


Une nouvelle dynamique, mais des défis à concrétiser


En quittant Pékin, M. Ilyas Moussa Dawaleh n’a pas caché sa satisfaction. Il parle d’une « nouvelle dynamique » qu’il considère comme une étape majeure dans la trajectoire de développement de Djibouti et dans le renforcement des relations avec la Chine. Le ton mesuré du responsable politique laisse toutefois entendre qu’il sait le chemin encore long. Les mémorandums signés devront résister à l’épreuve du terrain, et les zones franches financières ne se décrètent pas du jour au lendemain.


Pour autant, ce voyage aura eu le mérite de poser une question rarement formulée aussi clairement : après avoir construit des ports et des chemins de fer, Djibouti et la Chine peuvent-ils construire un modèle économique et numérique commun ? La réponse ne viendra pas des salons pékinois, mais des comptoirs de la zone franche et des salles de classe de la future Académie. Une chose est sûre : le cadre est posé, et il est plus vaste que jamais.





 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Entretien téléphonique entre les présidents Guelleh et Macron

FAJO 2025 : Quand l’Afrique parle à l’Afrique des enjeux de gouvernance juridique et de souveraineté numérique.

Djibouti célèbre l'inscription de la "Zaffa", son 3e patrimoine culturel immatériel, à l'UNESCO