Somalie : les négociations entre le gouvernement et l’opposition prennent un nouvel élan

 


Mogadiscio 9 juillet – Après plusieurs mois de blocage, la scène politique somalienne connaît un nouveau mouvement. Les discussions engagées les 7 et 8 juillet à Mogadiscio, sous l’impulsion de la Turquie, ont rouvert un canal de dialogue entre le gouvernement du président Hassan Sheikh Mohamoud et une partie de l’opposition. Au-delà des communiqués consensuels publiés à l’issue des premières rencontres, ces échanges traduisent surtout un repositionnement des principaux acteurs à l’approche d’une échéance électorale qui s’annonce décisive.


Le fait marquant de cette nouvelle séquence est sans conteste le retour dans le processus de négociation de l’ancien président Mohamed Abdullahi Mohamed, plus connu sous le nom de Farmaajo. Longtemps resté à distance des initiatives de dialogue conduites par le Somali Future Council, l’ancien chef de l’État a cette fois choisi d’y prendre part par l’intermédiaire d’un comité technique dirigé par l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohamed Abdirizak. Une évolution qui confirme que nul règlement durable de la crise somalienne ne pourra se construire sans l’implication des principales figures de l’opposition.



Les premières séances de travail ont été décrites comme franches et constructives. Gouvernement fédéral et représentants de l’opposition se sont accordés sur la nécessité de poursuivre les discussions autour d’un objectif commun : préserver la stabilité institutionnelle, renforcer la sécurité nationale et éviter que les divergences politiques ne dégénèrent en confrontation ouverte. Tous ont salué le rôle de la Turquie, dont les efforts diplomatiques ont permis de relancer un processus qui semblait enlisé après l’échec des précédentes tentatives de médiation.


Cette implication d’Ankara n’a rien d’un hasard. Au fil des années, la Turquie s’est imposée comme l’un des partenaires étrangers les plus influents de la Somalie. Présente militairement à Mogadiscio, engagée dans la formation des forces de sécurité et investissant massivement dans les infrastructures, elle dispose aujourd’hui d’un capital politique que peu d’acteurs internationaux possèdent dans le pays. Après avoir facilité le rapprochement entre la Somalie et l’Éthiopie, Ankara cherche désormais à peser sur la réconciliation interne.


Mais derrière cette reprise du dialogue demeurent des fractures profondes. L’absence des administrations régionales du Puntland et du Jubaland constitue le principal point faible de cette initiative. Les deux États fédérés continuent de contester la neutralité de la médiation turque, qu’ils jugent trop favorable au président Hassan Sheikh Mohamoud. Leur boycott rappelle les limites d’un processus qui, pour être crédible, devra impérativement intégrer l’ensemble des composantes de la fédération somalienne.


Les divergences de fond restent d’ailleurs intactes. Le gouvernement fédéral défend l’organisation d’élections au suffrage universel direct, une réforme présentée comme une étape historique dans la démocratisation du pays. L’opposition, elle, plaide pour un mécanisme transitoire plus consensuel, estimant que les conditions politiques et sécuritaires ne permettent pas encore une telle évolution. À cette question électorale s’ajoutent les contestations autour des révisions constitutionnelles engagées par l’exécutif ainsi que les débats sur la légitimité du mandat des institutions actuelles, que plusieurs responsables de l’opposition considèrent comme arrivé à expiration.


Conscients de la sensibilité de ces dossiers, les médiateurs souhaitent désormais élargir le format des négociations. À partir du 9 juillet, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne, l’Union africaine et les Nations unies devraient rejoindre la Turquie afin d’offrir au processus une dimension plus internationale et, surtout, une neutralité mieux acceptée par les différentes parties.


Cette internationalisation de la médiation traduit également l’inquiétude grandissante des partenaires de la Somalie. Les affrontements localisés enregistrés à Mogadiscio au cours du mois de juin ont rappelé combien la crise politique pouvait rapidement se transformer en crise sécuritaire. Dans un pays toujours confronté à la menace d’Al-Shabaab, une paralysie institutionnelle prolongée fragiliserait davantage l’État et compromettrait les progrès enregistrés ces dernières années.


Aucun accord majeur n’est encore sorti des premiers échanges. Toutefois, le simple retour de Farmaajo à la table des discussions constitue un signal politique important. Il confirme que les différents camps semblent désormais privilégier la négociation plutôt que l’affrontement, même si les calculs politiques restent omniprésents.


Les prochaines semaines seront déterminantes. Si la médiation parvient à convaincre les autorités du Puntland et du Jubaland de rejoindre le processus et si un compromis est trouvé sur les modalités des élections de 2026, la Somalie pourrait éviter une nouvelle crise institutionnelle. Dans le cas contraire, les divisions actuelles risquent de replonger le pays dans une période d’incertitude dont les conséquences dépasseraient largement les frontières somaliennes, dans une Corne de l’Afrique déjà confrontée à de multiples foyers de tension.

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