Dialogue public-privé : la CNMP pose les bases d'une gouvernance rénovée des marchés publics à Djibouti
À travers un atelier conjoint de concertation consacré au système national de passation des marchés publics, l'État franchit une nouvelle étape dans la consolidation du dialogue public-privé. Organisée par la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP), sous l'impulsion de son président, le Secrétaire général du gouvernement, M. Almis Mohamed Abdillahi, en partenariat avec la Chambre de Commerce de Djibouti, la rencontre a également associé le Ministère du Commerce et du Tourisme.
Au-delà du format institutionnel, l'initiative traduit un choix politique assumé : faire de la commande publique un levier structurant de transformation économique, adossé à des principes de transparence, de performance et de redevabilité.
Dans son allocution d'ouverture, le Secrétaire général du gouvernement a posé les termes du débat. La commande publique, a-t-il rappelé, ne saurait être réduite à un simple mécanisme administratif d'attribution de contrats. Elle constitue un instrument central de croissance, d'investissement et de création d'emplois. Par elle, l'État impulse des dynamiques économiques, soutient l'entrepreneuriat national et participe à la structuration des filières locales.
Cette conception place les marchés publics au cœur d'une vision de développement où l'action publique devient catalyseur d'initiatives privées. Encore faut-il, a-t-il souligné, que les règles soient comprises, les procédures maîtrisées et la confiance partagée. Sans lisibilité normative ni sécurité juridique, le levier perd de sa portée.
C'est précisément l'objet de cet atelier : renforcer la compréhension mutuelle des procédures, identifier les difficultés rencontrées par les opérateurs économiques, clarifier les exigences de conformité et construire des solutions adaptées au contexte national. Une démarche qui rompt avec la verticalité administrative classique pour privilégier l'écoute et la co-construction.
Depuis plusieurs années, la CNMP conduit un chantier de modernisation progressive du système des marchés publics. Les réformes engagées couvrent à la fois la professionnalisation des acteurs, la réduction des délais de traitement des dossiers, la publication régulière de statistiques, ainsi que la production d'un rapport annuel d'activité.
À cela s'ajoute une digitalisation graduelle de la commande publique, destinée à accroître la traçabilité des procédures et à réduire les risques d'opacité. Le renforcement du contrôle de régularité et la promotion de la préférence nationale complètent ce dispositif, dans le respect des principes de concurrence et d'équité.
L'ambition affichée est claire : faire des marchés publics un espace d'opportunités accessibles aux entreprises nationales, un espace de transparence et d'équité, où la performance contractuelle devient la norme.
L'atelier a également mis en évidence une volonté d'institutionnaliser le dialogue. À l'issue des travaux, il a été convenu de mettre en place un cadre permanent de concertation entre la CNMP, la Chambre de Commerce et les représentants du secteur privé. Ce mécanisme sera assorti d'une feuille de route opérationnelle visant à renforcer la professionnalisation de la commande publique et à accroître la participation des entreprises nationales.
Ce choix marque une inflexion importante. Il ne s'agit plus d'échanges ponctuels, mais d'un dispositif structuré appelé à s'inscrire dans la durée. Le mécanisme de règlement des différends, les sessions de formation, les ateliers de sensibilisation et la poursuite de la digitalisation constituent autant d'outils destinés à consolider la confiance et à fluidifier les relations contractuelles.
Les interventions du président de la Chambre de Commerce et du ministre du Commerce et du Tourisme ont convergé vers une même idée : le secteur privé n'est pas un simple bénéficiaire de la commande publique, il en est un partenaire stratégique. Moteur de croissance, acteur de l'investissement et de l'emploi, il joue un rôle déterminant dans la mise en œuvre effective des politiques publiques.
Mais ce rôle suppose un environnement des affaires transparent et prévisible. La sécurité juridique, la clarté des procédures et l'équité d'accès constituent des conditions indispensables à l'engagement durable des opérateurs économiques.
Le Secrétaire général du gouvernement a insisté sur cette responsabilité partagée. La réussite des réformes dépend à la fois de la rigueur des autorités contractantes, de l'efficacité de la régulation et de l'engagement éthique et professionnel du secteur privé. Autrement dit, la gouvernance de la commande publique ne peut être performante que si chacun assume sa part de responsabilité.
En filigrane de cette rencontre se dessine une conception renouvelée de la gouvernance contractuelle. La modernisation ne se limite pas à l'introduction d'outils techniques ; elle implique une culture de la performance, de la redevabilité et de la transparence.
L'État affirme ainsi sa volonté d'être un acteur qui écoute et ajuste ses dispositifs aux réalités du terrain. En retour, il attend du secteur privé un engagement fondé sur la conformité aux règles, la qualité des prestations et le respect des standards professionnels.
Cette dynamique s'inscrit dans une perspective plus large d'alignement sur les standards internationaux de bonne gouvernance. En consolidant ses mécanismes de régulation et en ouvrant des espaces de dialogue, la CNMP cherche à renforcer la crédibilité du système national de passation des marchés publics, condition essentielle à l'attractivité économique.
Au terme de la journée, le message politique est apparu sans ambiguïté : faire de la commande publique un moteur de croissance inclusive et un instrument de confiance. La modernisation des marchés publics ne constitue pas une réforme sectorielle isolée ; elle participe d'une architecture plus vaste de consolidation institutionnelle et de dynamisation économique.
En structurant le dialogue entre régulateur et opérateurs, en promouvant la préférence nationale dans le respect des règles de concurrence et en accélérant la digitalisation des procédures, les autorités entendent créer un environnement propice à l'émergence d'entreprises nationales plus compétitives.
L'enjeu dépasse la seule technique contractuelle. Il touche à la crédibilité de l'action publique, à la confiance des investisseurs et à la capacité du pays à mobiliser ses ressources internes pour soutenir son développement.
À travers cet atelier, la CNMP réaffirme donc une orientation stratégique : transformer la commande publique en vecteur structurant de développement, en consolidant un partenariat équilibré entre État régulateur et secteur privé engagé. Une démarche qui, si elle se traduit par des résultats concrets, pourrait durablement renforcer la performance économique nationale
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