Dès le premier Conseil du nouveau mandat, le président Guelleh imprime sa méthode et fixe ses priorités.
Il y avait, ce mardi au Palais de la République, une atmosphère particulière. Plus qu’une simple réunion gouvernementale, la première séance du Conseil des ministres tenue depuis la réélection du président Ismaïl Omar Guelleh ressemblait à une entrée en matière politique soigneusement calibrée. Après la séquence électorale et l’investiture du 9 mai dernier, le chef de l’État a choisi ce rendez-vous pour donner le ton de son nouveau quinquennat et rappeler à son équipe ce qu’il attend désormais d’elle : rapidité, cohésion et obligation de résultats.
Dans une allocution dense, parfois grave, souvent volontariste, le Président Guelleh a livré ce qui apparaît déjà comme la matrice politique de son nouveau mandat. Le message est clair : maintenir la stabilité du pays dans un environnement régional tendu, tout en accélérant la transformation économique et sociale de Djibouti.
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| SEM Ismail Omar Guelleh |
À écouter le chef de l’État, une conviction semble désormais dominer : le modèle économique djiboutien doit entrer dans une nouvelle phase. Pendant des années, Djibouti a consolidé son statut de plateforme logistique et portuaire incontournable dans la région. Mais pour le Président de la République, cette infrastructure doit désormais produire davantage de richesse locale, d’emplois et de valeur ajoutée.
L’industrialisation a ainsi occupé une place centrale dans son discours. « Nos infrastructures portuaires et logistiques ont besoin d’une économie qui leur procure une haute valeur ajoutée », a-t-il insisté devant les membres du gouvernement. Une manière de reconnaître que la prochaine étape du développement djiboutien ne pourra plus reposer uniquement sur la rente géostratégique et les services.
Le chef de l’État veut désormais voir émerger des unités de production, attirer davantage d’investissements industriels et renforcer les secteurs capables de créer durablement de l’emploi pour une jeunesse toujours plus nombreuse.
Dans cette perspective, les énergies renouvelables et les nouvelles technologies apparaissent comme les deux piliers de la stratégie à venir. Depuis plusieurs années, Djibouti multiplie les investissements dans l’énergie solaire, éolienne et géothermique. Cette fois, le Président Guelleh les inscrit clairement dans une logique de souveraineté économique et de compétitivité régionale.
Mais le discours présidentiel n’était pas seulement économique. Il était aussi profondément politique.
À plusieurs reprises, le chef de l’État est revenu sur les tensions internationales, les crises régionales et les fragilités qui secouent aujourd’hui l’économie mondiale. Derrière ces références, chacun a compris que Djibouti entend continuer à protéger son principal atout : sa stabilité.
Dans la Corne de l’Afrique, où les équilibres demeurent précaires, l’Etat djiboutien continue de faire de la sécurité institutionnelle et de la résilience économique les fondements de son discours politique. « Nous devons organiser notre résilience et sécuriser notre trajectoire de croissance », a affirmé le Président devant son gouvernement.
Cette notion de résilience est devenue, au fil des années, l’un des marqueurs du discours officiel djiboutien. Elle traduit la volonté de préparer le pays aux chocs extérieurs : flambée des prix internationaux, tensions géopolitiques, sécheresses, perturbations commerciales ou crises énergétiques.
Et c’est précisément cette logique qui traverse les principaux textes adoptés au cours de cette séance.
Trois des quatre projets examinés étaient portés par le ministère de l’Économie et des Finances, signe que la question économique reste au cœur des priorités du nouvel exécutif.
Le premier texte concerne un important programme régional financé avec l’appui de la Banque africaine de développement. Au total, près de 28 millions de dollars seront mobilisés sous forme de prêt et de don pour renforcer la sécurité alimentaire et soutenir les populations vulnérables dans la Corne de l’Afrique.
Pour Djibouti, particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique et à la dépendance alimentaire extérieure, ce programme revêt une importance stratégique. Les autorités veulent renforcer les capacités nationales de résilience face aux sécheresses récurrentes et sécuriser davantage les chaînes d’approvisionnement alimentaires.
Le second dossier majeur adopté par le Conseil porte sur la création d’un Centre national d’oncologie, financé avec le soutien de la Banque islamique de développement.
Le projet est loin d’être anodin. Depuis plusieurs années, les évacuations sanitaires liées aux traitements contre le cancer représentent un poids financier considérable pour les familles comme pour l’État. En décidant d’investir dans une infrastructure spécialisée de grande ampleur, le gouvernement cherche à répondre à une attente sociale forte tout en renforçant l’autonomie du système de santé national.
Le futur centre comprendra notamment des unités de radiothérapie, de chimiothérapie et d’imagerie médicale. Sa gestion sera confiée à la Caisse nationale de sécurité sociale afin d’assurer sa pérennité financière.
Le troisième texte adopté concerne la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme pour la période 2026-2028. Derrière ce document technique se cache en réalité un enjeu politique majeur : préserver les équilibres macroéconomiques du pays dans un contexte international plus contraignant.
Alors que plusieurs économies africaines font face à une pression croissante sur leur dette publique, Djibouti cherche à rassurer ses partenaires financiers et à maintenir une trajectoire budgétaire maîtrisée en privilégiant les financements concessionnels.
Enfin, le Conseil a approuvé un projet destiné à permettre l’implantation d’un nouveau centre de dialyse porté par la Fondation Saad Omar Guelleh, signe supplémentaire de la volonté affichée de renforcer les infrastructures sanitaires spécialisées.
Au-delà des textes adoptés, cette première réunion gouvernementale du nouveau mandat aura surtout permis au Président Guelleh de réaffirmer sa méthode : centralité de l’État, discipline gouvernementale et pilotage étroit des grandes priorités nationales.
Dans un passage particulièrement remarqué, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de mettre fin aux lourdeurs administratives et aux cloisonnements ministériels. Les départements gouvernementaux devront désormais fonctionner « en vase communicant », avec une exigence permanente de coordination et d’efficacité.
Un message adressé autant à la nouvelle équipe gouvernementale qu’à l’appareil administratif dans son ensemble.
Car si le président Guelleh estime avoir consolidé la stabilité politique du pays au cours des dernières années, il sait également que les attentes sociales demeurent élevées. Emploi, coût de la vie, accès aux soins, logement, services publics : autant de dossiers sur lesquels le nouveau quinquennat sera attendu.
En ouvrant ce nouveau cycle politique sous le signe de la transformation économique et de la résilience, le Président Guelleh cherche manifestement à installer l’idée d’une continuité maîtrisée : préserver les acquis, tout en préparant progressivement Djibouti aux grands bouleversements économiques et géopolitiques qui redessinent déjà la région


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