Djibouti à J-2 : le bilan d’IOG, tremplin du prochain mandat
Chronique politique
Dans sa chronique politique du jour, à J-2 de l’investiture du président de la République, Son Excellence Ismail Omar Guelleh, le regard de La Chronique de l’Est se tourne d’abord vers le chemin parcouru, avant d’aborder, dans un prochain numéro, les engagements du mandat qui s’ouvrira ce vendredi 9 mai 2026.
Vingt-six ans après son arrivée au pouvoir en 1999, Djibouti n’est plus tout à fait le même pays. Le contraste est saisissant, tant dans les chiffres que dans les transformations visibles au quotidien. Routes, ports, réseaux, services publics : autant de marqueurs d’une mutation que ses soutiens décrivent comme le passage d’un État fragile à un hub stratégique au carrefour des échanges régionaux.
Sur le plan économique, la progression est nette. En un quart de siècle, le produit intérieur brut a changé d’échelle, passant de 532 millions de dollars à plus de 4,6 milliards en 2025. Dans le même temps, le revenu par habitant est passé de 757 à 3 415 dollars, soit une multiplication par plus de quatre. Derrière ces chiffres, c’est toute la structure de l’économie qui s’est redessinée : les services représentent désormais 76 % du PIB, l’industrie 21 %, l’agriculture 3 %. Les investissements directs étrangers, qui plafonnaient à 4,2 millions de dollars par an à la fin des années 1990, dépassent aujourd’hui les 108 millions. Une évolution qui doit beaucoup aux choix opérés dans les infrastructures, en particulier dans les secteurs portuaire et des zones franches, devenus les piliers du modèle de croissance djiboutien.
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| S.E.M Ismail Omar Guelleh |
Car c’est sans doute sur le front logistique que la transformation est la plus spectaculaire. Là où Djibouti ne disposait que d’un port hérité de la période coloniale, le pays s’appuie désormais sur sept terminaux modernes. Le volume portuaire total est passé de 3,78 millions de tonnes en 1999 à un record de 10,4 millions de tonnes en 2019. Le terminal à conteneurs de Doraleh a quant à lui traité 1 236 769 TEU en 2024, un record absolu. À cela s’ajoute la zone franche internationale DIFTTZ ( 48 km², franchise fiscale totale, plus de 200 entreprises installées ) qui renforce l’ambition du pays de s’imposer comme une plateforme incontournable entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Le chemin de fer Djibouti-Éthiopie, opérationnel depuis 2018, a transporté 9,5 millions de tonnes à ce jour, dont 3,2 millions en 2025.
Le secteur de l’énergie illustre lui aussi cette évolution. À la fin des années 1990, la capacité installée atteignait à peine 192 MW et l’accès à l’électricité concernait moins de 20 % des ménages. Aujourd’hui, cette capacité a plus que triplé à 605 MW, et 90 % des ménages sont raccordés. Surtout, le mix énergétique a été profondément transformé : la part thermique est tombée de 100 % à 25 %, tandis que l’hydraulique éthiopien représente désormais 60 % de la fourniture nationale, complété par le solaire à 8 % et l’éolien à 7 %. Des jalons concrets jalonnent cette trajectoire : centrale solaire de Grand Bara (30 MW, Engie), parc éolien de Ghoubet (60 MW, 130 millions de dollars), usine de dessalement de Doraleh alimentée à 100 % par des énergies renouvelables. L’objectif d’un mix entièrement renouvelable à l’horizon 2035 témoigne d’une volonté d’anticiper les enjeux futurs.
Même constat dans le domaine de l’eau, longtemps considéré comme un défi structurel. La production est passée de 15,4 à 21,1 millions de mètres cubes, tandis que les pertes en réseau ont été ramenées de 42,3 % à 26 %. L’accès urbain a progressé de 50 % à 83 %, et l’accès rural de 20 % à 47 %. Le nombre d’abonnés à l’ONEAD a été multiplié par plus de trois, passant de 14 761 à 51 216. Si les disparités persistent, ces avancées traduisent un effort soutenu pour renforcer les services de base.
Les secteurs sociaux offrent eux aussi des signes de progrès saisissants. Dans la santé, les moyens humains ont connu une transformation radicale : le personnel soignant est passé de 238 agents en 2000 à 3 902 en 2025, dont 1 000 médecins et 2 500 paramédicaux. Le nombre de structures sanitaires a plus que doublé, de 42 en 2004 à 109 aujourd’hui, et la capacité litière du CHU a progressé de 19 %. Les résultats sur les indicateurs de mortalité sont particulièrement éloquents : le taux de mortalité infantile a chuté de 105 à 33,1 pour mille entre 2004 et 2024, et le taux de mortalité maternelle de 546 à 169 pour 100 000. La lutte contre le paludisme a enregistré des résultats spectaculaires, avec une réduction de 90 % des cas : de 73 535 au pic de 2020 à seulement 7 711 en 2025.
L’éducation, de son côté, a connu une expansion rapide. Le nombre d’établissements scolaires est passé de 90 à 438, soit près de cinq fois plus en un quart de siècle. Mais c’est dans l’enseignement supérieur et la recherche que la rupture est la plus symbolique. En 1999, Djibouti n’avait ni université, ni lycée technique, ni formation professionnelle structurée. L’Université de Djibouti, créée en 2006, accueillait en 2024 plus de 11 500 étudiants répartis dans 40 filières ( licences, masters, formations d’ingénieurs ) et délivrait 1 613 diplômés par an. Sa faculté de médecine, ouverte dès 2007, forme désormais les praticiens du système de santé national. Le budget consacré à l’éducation atteint 6,5 % du PIB, soit 19,2 % des dépenses courantes de l’État. Environ 3 000 Djiboutiens poursuivaient par ailleurs leurs études à l’étranger en 2021, en Turquie, en France et au Maroc. Là où la génération de 1999 n’avait nulle institution nationale à laquelle se former, la génération d’aujourd’hui dispose d’un écosystème universitaire et scientifique propre : infrastructure intellectuelle irremplaçable pour la Vision 2035 et les défis qui l’accompagnent.
Sur la question de l’emploi, le tableau est plus nuancé. Le taux de chômage, qui dépassait les 75 % à la fin des années 1990, a été ramené à environ 25 % selon les dernières estimations, même si des données récentes font état d’un taux de 37,7 % en 2025, reflet d’une mesure plus fine et d’un marché du travail encore tendu. Cette réalité rappelle que la croissance économique, aussi dynamique soit-elle, ne se traduit pas automatiquement par une amélioration uniforme des conditions de vie.
Dans le même esprit, la stabilité macroéconomique a été globalement préservée, avec une inflation contenue à 1,4 % sur un an. Les autorités ont tenté d’amortir les chocs sur le pouvoir d’achat à travers des mécanismes de régulation et de subvention, tout en luttant contre les dérives spéculatives. Un équilibre délicat dans un contexte international souvent instable.
Au final, le bilan d’Ismail Omar Guelleh s’inscrit dans une logique de transformation en profondeur. En une génération, Djibouti a changé de dimension, se dotant d’infrastructures modernes et affirmant un rôle stratégique dans la région.
À l’aube d’un nouveau mandat, l’enjeu dépasse désormais le simple bilan. Il s’agit de consolider les acquis, de rendre la croissance plus inclusive et de répondre à des attentes sociales de plus en plus pressantes. Diversification économique, emploi des jeunes, amélioration du quotidien : autant de défis qui s’imposent pour les années à venir.
Le rendez-vous du 9 mai 2026 apparaît ainsi comme un moment charnière. Non pas la fin d’un cycle, mais le passage d’une phase de construction à une phase de maturation, où la question centrale sera celle du partage des fruits de la croissance et de leur ancrage durable dans la société djiboutienne.
Vingt-six ans de gouvernance ne se résument pas en un seul papier. Ports et satellites, universités et hôpitaux, câbles sous-marins et filets sociaux : chaque domaine constituerait, à lui seul, une chronique entière. Ce que nous avons voulu offrir ici, c’est un aperçu , un tremplin , pour aborder dans les meilleures dispositions l’investiture du 9 mai. La Chronique de l’Est reviendra, numéro après numéro, sur chacun des chantiers de ce mandat qui s’ouvre au fil des années InshAllah .

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