La djiboutianité, ce lien plus fort que les appartenances

 À Djibouti, la question identitaire revient souvent dans les débats politiques, sociaux et même dans les conversations du quotidien. Qui sommes-nous avant tout ? Le clan ? La région ? La langue ? Ou la nation ?


La réponse mérite peut-être d’être formulée avec simplicité : l’identité djiboutienne ne s’oppose pas aux identités claniques, elle les transcende. C’est cela, au fond, la djiboutianité.


Dans notre société, le clan demeure une réalité historique, culturelle et sociale. Il structure des solidarités anciennes, transmet des valeurs, une mémoire, des coutumes et parfois même une certaine idée de la protection mutuelle. Vouloir nier cette réalité serait artificiel et déconnecté de l’histoire de la Corne de l’Afrique. Le clan existe, il continuera d’exister, et il fait partie du tissu social djiboutien.




Mais une nation ne peut survivre si chaque appartenance particulière devient une frontière politique ou émotionnelle. C’est ici qu’intervient l’idée de djiboutianité : une conscience collective plus large, capable de réunir des citoyens aux origines diverses autour d’un même destin national.


Être Djiboutien, ce n’est pas abandonner ses racines. C’est accepter qu’au-dessus des appartenances familiales ou communautaires existe une maison commune : la République.


Cette idée est essentielle pour un pays comme le nôtre. Djibouti n’est pas seulement un territoire stratégique entre l’Afrique, le monde arabe et l’océan Indien. C’est aussi une mosaïque humaine fragile et précieuse. Notre stabilité, souvent saluée dans une région traversée par les crises, repose précisément sur cette capacité à maintenir un équilibre entre les identités locales et l’unité nationale.


La djiboutianité devrait donc être comprise comme un pacte moral. Un engagement collectif selon lequel les différences ne doivent jamais devenir des lignes de fracture. Elle ne demande pas aux citoyens d’oublier d’où ils viennent ; elle leur rappelle simplement où ils vont ensemble.


Car lorsqu’un jeune cherche un emploi, lorsqu’une mère veut une meilleure école pour ses enfants, lorsqu’un commerçant espère une économie plus forte ou lorsqu’un étudiant rêve d’avenir, les préoccupations dépassent largement les appartenances claniques. Les aspirations deviennent nationales.


Le véritable défi des prochaines années sera justement de consolider cette conscience commune. Cela passe par l’école, par les médias, par le discours politique, mais aussi par l’exemplarité des élites. Une nation se fragilise lorsque les responsables parlent davantage aux clans qu’aux citoyens. Elle se renforce lorsque chacun se sent protégé par les mêmes institutions et respecté dans une même communauté nationale.


La djiboutianité n’est donc pas une abstraction intellectuelle. Elle est un projet de coexistence. Une manière de dire que nos différences peuvent cohabiter sans se combattre.


Au fond, le clan peut être l’héritage. Mais la nation doit rester l’horizon.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

RGPH-3 , une radiographie nationale au service du développement durable

Entretien téléphonique entre les présidents Guelleh et Macron

FAJO 2025 : Quand l’Afrique parle à l’Afrique des enjeux de gouvernance juridique et de souveraineté numérique.