Somalie : l’échec du dialogue alerte l’Union africaine

 Décryptage 


Les négociations entre le pouvoir somalien et l’opposition se sont achevées sans accord, poussant l’Union africaine à exprimer publiquement son inquiétude. Derrière ce revers politique, c’est surtout la question du partage du pouvoir, de la réforme institutionnelle et de la confiance entre acteurs somaliens qui refait surface. Mais malgré les tensions, les canaux de dialogue restent encore ouverts.



Le communiqué publié ce soir par la Commission de l’Union africaine n’a rien d’anodin. Certes, la forme reste fidèle au langage diplomatique habituel de l’organisation continentale : prudence lexicale, équilibre entre les parties et appel au dialogue. Mais sur le fond, le message est beaucoup plus préoccupant qu’il n’y paraît.


En constatant que les négociations organisées à Mogadiscio entre le gouvernement du président Hassan Sheikh Mohamud et les représentants du Somali Future Council se sont conclues “sans consensus”, l’UA acte en réalité l’échec d’une tentative de désescalade politique devenue cruciale ces dernières semaines.



Car la crise actuelle ne se limite plus à un simple désaccord entre majorité et opposition. Elle révèle un malaise plus profond autour de la gouvernance fédérale, de l’équilibre institutionnel et de la nature même du pouvoir en Somalie.


Depuis plusieurs mois, les tensions se sont progressivement cristallisées autour des réformes engagées par le pouvoir fédéral. Le camp présidentiel défend une accélération du chantier institutionnel afin de sortir définitivement la Somalie de l’instabilité transitionnelle qui marque sa vie politique depuis des décennies. L’opposition, elle, accuse l’exécutif de vouloir redéfinir les équilibres politiques sans consensus suffisamment large.


Au centre des critiques figurent notamment :


  • les réformes constitutionnelles ;
  • la redistribution des pouvoirs entre Mogadiscio et les États fédérés ;
  • ainsi que les mécanismes électoraux appelés à structurer les prochaines échéances politiques.


En réalité, derrière le débat institutionnel se cache surtout une lutte d’influence entre différents centres de pouvoir somaliens.


Les discussions des 13 au 15 mai avaient pourtant suscité un certain espoir. Sous pression des partenaires internationaux, gouvernement et opposition avaient accepté de renouer un dialogue direct après plusieurs semaines de tensions politiques croissantes. Les Nations Unies, l’Union africaine et plusieurs partenaires régionaux avaient multiplié les initiatives discrètes pour éviter une rupture ouverte.


Mais très vite, les mêmes blocages ont refait surface.


L’opposition réclamait davantage de garanties politiques et institutionnelles avant toute poursuite des réformes. Le pouvoir, de son côté, refusait d’apparaître comme cédant sous pression politique. Résultat : les négociations se sont terminées sans compromis concret.


Le plus révélateur dans le communiqué de l’UA reste probablement la mise en garde contre “l’enracinement des positions divergentes”. Dans le vocabulaire diplomatique africain, cette formulation traduit généralement une crainte de durcissement durable des rapports politiques.


Autrement dit, les médiateurs redoutent désormais que chaque camp s’installe dans une logique de confrontation prolongée.


Pour autant, il serait prématuré de parler de rupture définitive.


D’abord parce qu’aucune des parties ne semble aujourd’hui prête à assumer le coût politique d’un effondrement total du dialogue. Ensuite parce que les partenaires régionaux et internationaux restent fortement mobilisés.


Pour l’Union Africaine  , la stabilité somalienne demeure un enjeu stratégique majeur. Une crise politique prolongée à Mogadiscio risquerait non seulement d’affaiblir les institutions fédérales, mais aussi de fragiliser davantage la lutte contre Al-Shabaab au moment où les opérations sécuritaires restent extrêmement sensibles.


C’est dans ce contexte que le rôle de AUSSOM prend une importance particulière. En rappelant son engagement “inébranlable” en Somalie, l’Union africaine cherche aussi à rassurer sur la continuité du dispositif régional de stabilisation.


Mais au fond, le problème somalien reste essentiellement politique.


La crise actuelle montre surtout que la Somalie continue de fonctionner sur des équilibres fragiles, où chaque réforme institutionnelle devient immédiatement une bataille sur le partage du pouvoir. Tant que la confiance entre acteurs politiques restera aussi limitée, chaque cycle de négociation risquera de produire le même résultat : discussions ouvertes, tensions contenues… puis absence d’accord.


L’échec des pourparlers de Mogadiscio constitue donc un revers sérieux. Pas encore une rupture irréversible. Mais certainement un rappel que la stabilisation durable de la Somalie dépendra moins des textes et des médiations internationales que de la capacité des élites somaliennes à accepter, enfin, une logique réelle de compromis politique.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

RGPH-3 , une radiographie nationale au service du développement durable

Entretien téléphonique entre les présidents Guelleh et Macron

FAJO 2025 : Quand l’Afrique parle à l’Afrique des enjeux de gouvernance juridique et de souveraineté numérique.