FLEX 2026 : l’Afrique veut en finir avec la pauvreté éducative
Quatre enfants sur cinq terminent aujourd’hui l’école primaire en Afrique subsaharienne sans maîtriser correctement la lecture, l’écriture ou les compétences scientifiques élémentaires. À lui seul, ce chiffre résume le paradoxe africain : un continent qui construit davantage d’écoles, scolarise plus d’enfants que jamais, mais peine encore à leur transmettre les savoirs fondamentaux.
C’est avec cette réalité en toile de fond que s’est ouverte, le 15 juillet à Lilongwe, la troisième édition de l’Africa Foundational Learning Exchange (FLEX 2026). Pendant trois jours, le Malawi accueille ce qui est devenu le plus important rendez-vous africain consacré aux apprentissages fondamentaux. Plus de 600 participants, venus d’une quarantaine de pays, y croisent leurs expériences, confrontent leurs politiques et cherchent une réponse commune à une question simple en apparence, mais décisive pour l’avenir du continent : comment faire en sorte que chaque enfant apprenne réellement ?
L’ambition affichée par les organisateurs est claire. Le temps des promesses doit céder la place à celui des résultats. Le thème de cette édition : « Des engagements aux résultats : déployer l’apprentissage fondamental à grande échelle » , marque une rupture. Depuis des années, les diagnostics se ressemblent, les rapports s’accumulent et les statistiques demeurent implacables. Cette fois, les États veulent parler d’exécution, d’efficacité et de redevabilité.
Le sommet s’inscrit dans une période charnière. Les systèmes éducatifs africains doivent absorber une croissance démographique sans précédent alors que plusieurs partenaires internationaux réduisent leurs financements. Cette double pression oblige les gouvernements à revoir leurs priorités. Désormais, la question n’est plus seulement de construire des écoles ou de recruter des enseignants. Il faut s’assurer que les élèves apprennent effectivement à lire, à écrire, à compter et à raisonner.
Le Malawi, pays hôte, entend montrer que les solutions peuvent aussi venir d’Afrique. Son programme BEFIT, qui introduit des outils numériques dans les écoles primaires, sa réforme du curriculum de mathématiques ou encore l’approche Teaching at the Right Level, qui adapte l’enseignement au niveau réel des élèves plutôt qu’à leur âge, sont présentés comme des expériences susceptibles d’inspirer d’autres systèmes éducatifs.
Dans les salles de conférence, une conviction semble faire l’unanimité : la qualité d’un système éducatif dépend moins de l’ampleur des dépenses que de leur pertinence. Les débats reviennent sans cesse sur la formation des enseignants, la mesure des apprentissages, l’exploitation des données éducatives et le financement des politiques les plus efficaces. Les ministres présents cherchent moins à annoncer de nouvelles réformes qu’à identifier celles qui produisent déjà des résultats mesurables.
Cette volonté de reprendre l’initiative se traduit également par le lancement du fonds FLIGHT, doté de 35 millions de dollars, destiné à accompagner des politiques éducatives fondées sur des preuves. Le signal est fort : l’Afrique veut continuer à travailler avec ses partenaires internationaux, mais elle entend désormais peser davantage dans la définition de ses propres priorités.
Les travaux de Lilongwe déboucheront sur une nouvelle déclaration commune appelée à orienter les politiques éducatives africaines pour les deux prochaines années. Mais au-delà du texte qui sera adopté, c’est une autre bataille qui se joue : celle de la crédibilité. Les sommets africains sont souvent jugés à l’aune de leurs communiqués. Celui-ci sera jugé sur les progrès visibles dans les salles de classe.
Car le véritable compte à rebours a déjà commencé. D’ici à 2050, près de 40 % des enfants du monde vivront en Afrique. Si cette génération reçoit les compétences fondamentales qui lui permettront d’innover, d’entreprendre et de produire, le continent disposera du plus puissant moteur de croissance de son histoire. Dans le cas contraire, cette même démographie pourrait devenir un facteur de fragilité économique et sociale.
L’école africaine est donc arrivée à un moment où elle ne peut plus se satisfaire d’être accessible ; elle doit être efficace. Les enfants n’ont que faire des déclarations finales ou des statistiques de participation aux conférences. Ce qu’ils attendent, c’est qu’en entrant dans une salle de classe, ils en ressortent capables de lire un livre, de résoudre un problème et de comprendre le monde qui les entoure.
À Lilongwe, l’enjeu dépasse largement le cadre d’un sommet ministériel. Il touche à la promesse la plus fondamentale qu’une nation puisse faire à sa jeunesse : celle de lui donner, par l’éducation, les moyens de choisir son destin. Et sur cette promesse, l’Afrique n’a plus le droit à l’échec.

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