Pourquoi le sommet de Kampala est décisif pour l’avenir de la Somalie ?
Le rendez-vous du 31 juillet à Kampala dépasse largement le cadre d’une simple réunion consacrée à la Somalie. Pour l’Union africaine, c’est un moment de vérité. Les chefs d’État des pays engagés sur le terrain devront répondre à une question qui dépasse les frontières somaliennes : le continent est-il prêt à prendre pleinement en main sa propre sécurité face à une menace qui ne cesse d’évoluer ?
Depuis près de vingt ans, les soldats africains sont en première ligne contre Al-Shabaab. Leur engagement a permis au gouvernement fédéral somalien de reprendre progressivement le contrôle de plusieurs villes et de renforcer ses institutions. Sans cette mobilisation, la Somalie ne serait sans doute pas là où elle est aujourd’hui.
Mais personne ne se fait d’illusions. Malgré les avancées, Al-Shabaab reste une organisation redoutable. Le mouvement a montré qu’il pouvait encore frapper des bases militaires, cibler les forces de sécurité ou semer la peur parmi les populations civiles. Chaque attaque rappelle que les victoires obtenues restent fragiles et que rien n’est définitivement acquis.
C’est dans ce contexte que les dirigeants africains se retrouveront à Kampala. Il ne s’agira pas simplement de dresser le bilan d’une mission. Ils devront surtout décider de la suite : comment préserver les progrès accomplis sans laisser apparaître un vide sécuritaire dont les groupes terroristes pourraient immédiatement profiter ?
Car la Somalie n’est plus un problème qui concerne uniquement les Somaliens. Ce qui s’y joue influence directement la stabilité de toute la Corne de l’Afrique. Une aggravation de la crise aurait des répercussions sur les échanges commerciaux, les routes maritimes de la mer Rouge, les mouvements de population et la sécurité de plusieurs pays voisins. De Djibouti au Kenya, en passant par l’Éthiopie, chacun sait qu’une Somalie déstabilisée représente un risque pour l’ensemble de la région.
Mais un autre combat, moins visible, sera également au cœur des discussions : celui du financement. Une opération de cette ampleur ne repose pas uniquement sur le courage des soldats. Elle exige des moyens, des équipements modernes, une logistique efficace et des ressources financières stables. Or, c’est précisément sur ce terrain que les incertitudes demeurent.
Derrière les questions budgétaires se cache en réalité un débat beaucoup plus politique. Jusqu’où l’Afrique peut-elle financer ses propres opérations de paix ? Comment renforcer son autonomie sans tourner le dos aux partenaires internationaux qui continuent d’apporter un soutien indispensable ? C’est l’un des grands défis auxquels l’Union africaine est aujourd’hui confrontée.
Pour les pays qui fournissent des troupes, l’enjeu dépasse désormais la seule lutte contre Al-Shabaab. Il s’agit aussi de démontrer que l’Union africaine est capable de construire un véritable système africain de paix et de sécurité, réactif, crédible et adapté aux réalités du continent.
Dans cette dynamique, Djibouti occupe une place particulière. Depuis de nombreuses années, le pays participe activement aux efforts de stabilisation en Somalie. Sa position géographique, à l’entrée de la mer Rouge et du golfe d’Aden, en fait un acteur incontournable des questions de sécurité régionale, qu’il s’agisse de la lutte contre le terrorisme, de la piraterie ou de la protection des grandes voies maritimes.
Le sommet de Kampala revêt également une dimension symbolique. Pour la première fois, il se tient sous la présidence de la Commission de l’Union africaine de Mahamoud Ali Youssouf. Son arrivée à la tête de l’organisation continentale suscite des attentes fortes. Beaucoup espèrent voir l’Union africaine gagner en efficacité, parler d’une voix plus affirmée et renforcer sa capacité à prévenir les crises plutôt qu’à les subir.
Au fond, Kampala ne sera pas seulement un sommet militaire. Ce sera un test politique. Les décisions qui y seront prises permettront de mesurer si les États africains sont prêts à franchir une nouvelle étape dans la construction d’une architecture de sécurité plus solide et plus autonome.
Car, au-delà de la Somalie, c’est aussi la crédibilité de l’Union africaine qui est en jeu. Si les dirigeants parviennent à dégager une vision commune et des engagements concrets, le sommet pourrait ouvrir une nouvelle phase de la coopération sécuritaire sur le continent. Dans le cas contraire, il risquerait de raviver les interrogations sur la capacité de l’Afrique à préserver, par elle-même, les avancées obtenues au prix de tant d’efforts.
À Kampala, il ne sera donc pas seulement question d’une mission de paix. Il sera question de la place que l’Union africaine entend occuper dans la gestion des crises africaines, aujourd’hui comme demain.

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