Djibouti–Éthiopie : le projet de Mojo qui pourrait redessiner le corridor
Corridor Éthiopie-Djibouti : à Mojo, un terminal pour les poids lourds djiboutiens relance un projet bloqué depuis 25 ans
Le transfert de terrain effectué par les autorités éthiopiennes à Mojo ouvre la voie à la construction d’un terminal dédié aux poids lourds djiboutiens. Un projet attendu depuis près d’un quart de siècle, appelé à fluidifier l’un des corridors commerciaux les plus stratégiques de la Corne de l’Afrique.
À Mojo, à quelques dizaines de kilomètres d’Addis-Abeba, une vieille équation logistique pourrait enfin trouver son début de solution. L’Éthiopie a officiellement remis un terrain destiné à la construction d’un terminal de stationnement réservé aux poids lourds djiboutiens. Une étape qui débloque un projet longtemps resté en suspens et qui s’inscrit dans une ambition plus large : rendre plus fluide, plus prévisible et plus compétitif le corridor Éthiopie-Djibouti.
La cérémonie de transfert du terrain, organisée récemment à Mojo, a réuni le ministre éthiopien des Transports et de la Logistique, Alemu Sime, le ministre djiboutien des Infrastructures et de l’Équipement, Said Nouh Hassan, ainsi que le maire de Mojo et plusieurs responsables des deux pays.
Pour Addis-Abeba comme pour Djibouti, l’enjeu dépasse largement la construction d’une aire de stationnement. Il s’agit de traiter l’un des points de friction d’une chaîne logistique dont dépend une part considérable du commerce extérieur éthiopien.
Vingt-cinq ans d’attente
Le dossier n’est pas nouveau. Selon le ministre éthiopien des Transports et de la Logistique, le projet était resté bloqué pendant près de 25 ans. Sa relance aurait notamment bénéficié des échanges intervenus lors de la précédente visite du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Djibouti.
Alemu Sime a présenté le projet comme une nouvelle illustration des relations « historiques, économiques et stratégiques » entre les deux pays. Selon lui, le futur terminal doit contribuer à améliorer l’efficacité du commerce et la qualité des services logistiques, avec des bénéfices attendus pour les populations des deux côtés de la frontière.
Le symbole est fort. Car dans la relation entre Addis-Abeba et Djibouti, la logistique n’est pas un secteur parmi d’autres : elle constitue l’une des principales architectures de leur interdépendance économique.
Mojo, nœud stratégique du commerce éthiopien
Pour l’Éthiopie, pays enclavé, le corridor conduisant aux infrastructures portuaires de Djibouti demeure une artère vitale. La plateforme logistique de Mojo joue à cet égard un rôle majeur dans l’acheminement des marchandises destinées au marché éthiopien et dans l’expédition des exportations.
Mais l’augmentation constante des flux a aussi mis à rude épreuve les infrastructures. Embouteillages, temps d’attente, rotations ralenties des camions et coûts logistiques supplémentaires pèsent sur l’efficacité de la chaîne de transport.
Dans ce système, quelques heures ou quelques jours supplémentaires peuvent rapidement se transformer en coûts additionnels pour les opérateurs. Et, à terme, en pression sur le prix des marchandises.
Le futur terminal doit précisément agir sur ce maillon. En offrant aux camions djiboutiens un espace dédié pour stationner et organiser leurs opérations, il devrait permettre de mieux réguler les mouvements de véhicules lourds, de réduire les temps d’attente et de rendre les rotations plus prévisibles.
La route et le rail dans un même corridor
Cette infrastructure routière vient compléter un autre chantier structurant : la modernisation du réseau ferroviaire reliant les deux pays.
Longue de 752 kilomètres, la ligne ferroviaire électrifiée Éthiopie-Djibouti, construite avec des investissements chinois, constitue désormais un axe majeur de la connectivité régionale. La société qui l’exploite ambitionne de porter sa capacité annuelle de fret de quelque 2 millions de tonnes à 6,2 millions de tonnes d’ici à 2027, avec l’objectif à terme de faire transiter par le rail une part accrue du commerce extérieur éthiopien.
Le développement simultané de ces infrastructures traduit une évolution de la stratégie du corridor : il ne s’agit plus seulement d’augmenter les capacités, mais de mieux articuler les différents modes de transport.
Route, rail, plateformes logistiques et infrastructures portuaires doivent progressivement fonctionner comme les maillons d’une même chaîne.
Cette logique est déjà au cœur de la coopération entre les deux voisins. En mars 2026, lors de la visite du Premier ministre Abiy Ahmed dans les infrastructures portuaires djiboutiennes, les autorités avaient encore mis en avant le rôle stratégique des installations de Djibouti dans l’approvisionnement et le commerce extérieur éthiopiens.
Djibouti, porte maritime de l’Éthiopie
Derrière le projet de Mojo se dessine donc une réalité géoéconomique plus large : l’économie éthiopienne et la plateforme logistique djiboutienne sont devenues profondément imbriquées.
Pour Djibouti, cette interdépendance conforte la vocation du pays comme hub régional. Pour l’Éthiopie, elle sécurise un accès essentiel aux marchés internationaux.
Les deux pays cherchent désormais à passer d’une logique de simple transit à une approche plus intégrée de la chaîne logistique : amélioration des routes, développement du rail, optimisation des plateformes de fret, modernisation des ports et réduction des temps de passage.
Cette ambition explique aussi l’importance accordée, ces dernières années, aux infrastructures djiboutiennes. En mars 2026, le ministre éthiopien Alemu Sime avait notamment manifesté l’intérêt de l’Éthiopie pour le développement de nouvelles capacités de stockage et de manutention au terminal de vrac liquide de Damerjog, signe supplémentaire de l’élargissement des complémentarités logistiques entre les deux économies.
Un projet local, un enjeu régional
Le terminal de Mojo peut donc sembler, au premier regard, n’être qu’un projet d’infrastructure parmi d’autres. Son véritable enjeu est pourtant ailleurs.
En fluidifiant le parcours des poids lourds djiboutiens, il touche directement à la performance d’un corridor qui relie l’un des plus grands marchés d’Afrique de l’Est aux installations portuaires de Djibouti.
La question est désormais celle de l’exécution. Après vingt-cinq années d’attente, le transfert du terrain constitue une avancée importante, mais la réussite du projet dépendra de sa mise en œuvre effective, de son intégration aux plateformes existantes et de la capacité des deux pays à poursuivre les investissements complémentaires sur l’ensemble de la chaîne.
À terme, l’objectif est clair : réduire les frictions, accélérer les rotations, diminuer les coûts et renforcer la compétitivité du commerce régional.
À Mojo, Addis-Abeba et Djibouti ne cherchent donc pas seulement à construire un terminal pour camions. Ils tentent de consolider, maillon après maillon, l’une des principales artères économiques de la Corne de l’Afrique.

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