ZLECAf : au Parlement panafricain, Djibouti défend une intégration africaine à hauteur de citoyens
À Johannesburg, les débats de la Conférence des Présidents et Speakers des parlements africains ont dépassé la seule question du commerce. Pour Djibouti, représenté par la Première Vice-Présidente de l’Assemblée nationale, S.E. Hon. Safia Elmi Djibril, la Zone de libre-échange continentale africaine ne pourra tenir ses promesses que si elle se traduit par des emplois, des marchés et de nouvelles opportunités pour les populations.
Pendant plusieurs semaines, le Parlement panafricain a vécu au rythme des travaux de sa première session ordinaire de la septième législature. Puis, les 31 juillet et 1er août, les présidents et speakers des parlements nationaux et régionaux africains ont pris le relais pour une rencontre consacrée à la diplomatie parlementaire et à l’avenir de l’intégration continentale.
Le calendrier n’était pas anodin. Après les travaux des commissions permanentes et des caucus, les débats sur l’eau et l’assainissement, la paix et la sécurité ou encore la mise en œuvre de l’Agenda 2063, cette conférence devait ouvrir une autre perspective : celle de la capacité des parlements à accompagner, par la loi et le contrôle de l’action publique, les ambitions affichées par l’Union africaine.
Car l’Afrique dispose désormais de nombreux cadres d’intégration. Le défi est ailleurs : leur donner une réalité économique.
C’est précisément sur ce point que Djibouti a choisi d’insister.
Le marché africain ne doit pas rester une promesse
La Première Vice-Présidente de l’Assemblée nationale, S.E. Hon. Safia Elmi Djibril, a défendu une ligne claire : la ZLECAf doit fonctionner pour chaque Africain.
Derrière cette formule se trouve une question de fond. À quoi servira un marché continental de plus d’un milliard de consommateurs si l’ouverture des frontières ne profite qu’aux grandes entreprises et aux économies déjà les mieux positionnées ?
Pour la responsable parlementaire djiboutienne, le succès de la ZLECAf devra aussi se lire dans les réalités quotidiennes : une entreprise qui trouve de nouveaux débouchés, une jeune personne qui décroche un emploi, une entrepreneuse qui parvient à vendre au-delà de son marché national.
Cette approche rejoint directement la position stratégique de Djibouti.
À l’entrée de la mer Rouge, le pays se trouve au croisement des routes commerciales reliant l’Afrique à l’Asie et au Moyen-Orient. Ses infrastructures portuaires et logistiques lui donnent un rôle particulier dans la circulation des marchandises et la connectivité régionale.
Mais Djibouti ne défend pas seulement une logique de transit. Dans son intervention, Safia Elmi Djibril a également insisté sur la nécessité pour l’Afrique de produire et de transformer davantage sur son propre sol.
Le continent dispose des ressources. Ce qui lui manque encore, c’est une capacité industrielle suffisante pour en tirer toute la valeur.
Exporter du minerai, du coton ou d’autres matières premières et réimporter les produits finis reste une équation difficilement tenable à long terme. L’industrialisation doit donc permettre de créer davantage de valeur localement, mais aussi des emplois et des chaînes économiques capables de profiter aux territoires.
Les femmes, un angle mort à ne pas laisser de côté
L’autre volet du message djiboutien concerne les femmes.
Elles occupent une place considérable dans l’économie informelle africaine, où elles représentent plus de 70 % de la main-d’œuvre selon les données évoquées lors des échanges. Pourtant, leur accès au financement, aux marchés structurés et aux outils numériques reste encore limité.
C’est là que la ZLECAf peut, selon Djibouti, changer la donne.
Encore faut-il que les politiques publiques suivent. Microfinance, inclusion financière, alphabétisation et commerce numérique font partie des leviers mis en avant par Safia Elmi Djibril pour permettre aux entrepreneuses de sortir des limites de leur marché local.
Le même enjeu se pose pour les jeunes et les petites entreprises. Une intégration économique réussie ne pourra pas se résumer aux échanges entre grands groupes ou aux grands corridors commerciaux. Elle devra aussi permettre aux acteurs de petite taille d’entrer dans le jeu.
C’est pourquoi la Première Vice-Présidente de l’Assemblée nationale a appelé les parlementaires à renforcer leur action sur trois fronts : la législation, le contrôle et la bonne gouvernance.
Le Parlement panafricain veut peser davantage
Cette volonté de passer des principes aux actes s’est retrouvée dans les autres travaux de la conférence.
Le renforcement des partenariats stratégiques, l’accélération de l’intégration économique, la ZLECAf et l’industrialisation ont occupé une place importante dans les échanges. Le lancement officiel des Lois modèles du Parlement panafricain a également marqué cette séquence.
L’objectif est concret : proposer aux États membres de l’Union africaine des instruments permettant de rapprocher leurs législations et de faciliter la mise en œuvre de politiques communes.
La conférence s’est achevée par l’adoption d’un communiqué final, d’un plan d’action et de mécanismes de suivi. Autrement dit, les parlementaires veulent désormais disposer d’outils permettant de suivre les engagements au-delà des déclarations de principe.
Cette première session ordinaire de la septième législature aura donc laissé derrière elle plusieurs dossiers : l’eau et l’assainissement, la paix et la sécurité, l’intégration économique, l’industrialisation et la gouvernance.
Mais derrière ces sujets se dessine une même question : comment faire passer l’Agenda 2063 des grandes ambitions continentales aux réalités nationales et locales ?
Djibouti y a apporté sa propre réponse. La ZLECAf ne doit pas seulement créer un vaste marché africain. Elle doit contribuer à créer des emplois, développer les entreprises locales, donner davantage de possibilités aux femmes et aux jeunes et permettre aux économies africaines de conserver une plus grande part de la valeur qu’elles produisent.
C’est finalement sur ce terrain que se jouera la crédibilité de l’intégration africaine. Pas seulement dans les textes adoptés à l’échelle continentale, mais dans la capacité de ces textes à changer, concrètement, la vie de ceux qu’ils sont censés servir.
Et c’est aussi là que l’Agenda 2063 prendra tout son sens : une Afrique intégrée, prospère et maîtresse de son développement.

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