À Doha, IMD ouvre un nouveau front pour le financement des ambitions de Djibouti

 À Doha, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), Ilyas Moussa Dawaleh, ministre de l’Économie et des Finances, chargé de l’Industrie, n’a pas seulement représenté Djibouti. Il y a porté une vision : faire de la position géographique du pays un véritable levier de financement, d’investissement et d’intégration régionale.

Les 27 et 28 septembre, le ministre a multiplié les rencontres autour d’une même question : comment mobiliser davantage de financements pour les infrastructures qui doivent permettre à Djibouti de conforter sa place au cœur des échanges entre l’Afrique,le Moyen-Orient et l’Asie ?



Les discussions avec l’AIIB, comme celles consacrées au MCDF Finance Facility, ont convergé vers cet objectif : mieux préparer les projets, diversifier les sources de financement et attirer davantage de capitaux, notamment asiatiques.


Le temps fort du séjour a été la rencontre entre Ilyas Moussa Dawaleh et Zou Jiayi, présidente de l’AIIB. Les deux responsables ont échangé sur les projets prioritaires de Djibouti : connectivité, numérique, mobilité urbaine durable et industrie verte.


« Nous voulons faire de la AIIB un partenaire majeur, capable de mobiliser des financements mixtes et de nous ouvrir aux investisseurs asiatiques », a déclaré le ministre.


La démarche compte. Djibouti ne cherche pas simplement à obtenir des financements pour ses infrastructures. Il veut aussi s’appuyer sur le réseau de l’institution pour rapprocher ses projets des investisseurs asiatiques et diversifier les partenariats autour de son développement.


Selon le communiqué publié à l’issue de la rencontre, la présidente de l’AIIB a salué la convergence entre les priorités de la Banque et celles de Djibouti. L’institution doit désormais examiner la faisabilité des projets présentés. Elle pourrait mobiliser ses instruments de préparation, ses financements concessionnels ainsi que des ressources provenant de partenaires bilatéraux et multilatéraux.


Un engagement donne surtout une perspective concrète à cette discussion : les deux parties ont convenu de mandater leurs équipes techniques afin de travailler au lancement d’au moins un projet commun à Djibouti dans un délai d’un an.


C’est probablement là que se situe le véritable enjeu de la séquence de Doha. Entre une priorité nationale et un chantier financé, il y a tout un travail de préparation, d’études et de structuration. Cette étape est déterminante.


Le ministre l’a rappelé quelques heures plus tôt, lors de la troisième réunion consacrée à la reconstitution du MCDF Finance Facility. Créé en 2020 et hébergé par l’AIIB, le MCDF accompagne les pays en développement dans la préparation de projets d’infrastructures durables et bancables, mais aussi dans le renforcement de leurs capacités institutionnelles.


Invité à intervenir lors de la session d’ouverture, Ilyas Moussa Dawaleh a insisté sur le rôle décisif de cette phase préparatoire dans la réussite des investissements consacrés aux infrastructures et à la connectivité. Pour Djibouti, la question est loin d’être secondaire.


Le pays a fait des infrastructures, de la logistique et de la connectivité régionale des axes majeurs de sa stratégie de développement. Les prochaines étapes exigeront donc des projets suffisamment solides sur les plans technique et financier pour mobiliser différents types de capitaux. C’est précisément sur ce terrain que le MCDF peut jouer un rôle.


À Doha, les participants ont notamment examiné la nouvelle phase opérationnelle du mécanisme pour la période 2027-2031, les attentes des pays membres et les annonces de soutien des États appelés à contribuer financièrement au Centre. Cette approche rejoint directement les priorités défendues par Djibouti : disposer de projets bien préparés avant de rechercher leur financement et leur réalisation.


Les discussions avec l’AIIB ont aussi montré que cette stratégie ne concerne plus uniquement les grandes infrastructures physiques. Le numérique occupe désormais une place importante. Djibouti accueille une grande partie des câbles sous-marins reliant l’Asie à l’Europe et dispose, de ce fait, d’une position particulière dans les infrastructures numériques internationales. L’enjeu consiste désormais à mieux valoriser cette position et à l’intégrer dans une stratégie de développement plus large.


La mobilité urbaine durable et l’industrie verte figuraient également parmi les secteurs évoqués avec l’AIIB. Autant de domaines qui montrent que la réflexion sur les infrastructures ne porte plus seulement sur les corridors et les échanges commerciaux, mais aussi sur la manière d’accompagner la transformation économique et urbaine du pays.


Il y a enfin une dimension plus large dans cette séquence : la diversification des partenaires financiers. L’AIIB, basée à Pékin, compte aujourd’hui 111 membres, dispose d’un capital de 100 milliards de dollars et bénéficie d’une notation AAA. Au cours de sa première décennie, elle a investi plus de 60 milliards de dollars dans plus de 300 projets répartis dans 38 économies et prévoit de mobiliser au moins 75 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2030.


Pour Djibouti, l’intérêt ne réside donc pas uniquement dans sa capacité financière. Son ancrage asiatique ouvre également une porte vers des investisseurs et des économies avec lesquels le pays entend renforcer ses liens. Le recours aux financements mixtes s’inscrit dans cette même logique. En combinant ressources publiques, financements concessionnels, concours des institutions multilatérales et capitaux privés, Djibouti peut élargir les possibilités de financement de projets dont l’impact dépasse largement ses frontières.


Au fond, les différentes séquences du séjour de Doha racontent la même histoire. Celle d’un pays qui cherche à transformer son avantage géographique en projets concrets, et ses projets en nouvelles capacités de croissance.


Le déplacement d’Ilyas Moussa Dawaleh ne se résume donc pas à une participation à une assemblée annuelle. Les prochaines échéances seront désormais techniques : études de faisabilité, préparation des projets, structuration financière et mobilisation des partenaires.


L’AIIB doit examiner les projets présentés et travailler avec les équipes djiboutiennes à l’identification d’un premier projet commun dans les douze prochains mois. Le MCDF, de son côté, entre dans une nouvelle phase opérationnelle qui doit renforcer les mécanismes de préparation des infrastructures dans les pays en développement.


Pour Djibouti, le défi est désormais de franchir cette étape. La position du pays, à la croisée de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie, constitue un avantage considérable. Mais sa véritable portée économique dépendra de la capacité à l’appuyer sur des infrastructures modernes, des projets solides et des financements durables.



À Doha, c’est précisément cette nouvelle étape que Djibouti est venu préparer : passer d’une position stratégique reconnue à une capacité accrue à attirer les projets, les capitaux et les partenariats qui peuvent contribuer à transformer durablement la Corne de l’Afrique.





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