À New York, Djibouti fait entendre la voix de la Corne de l’Afrique

 New York — À l’heure où les crises se multiplient autour de la mer Rouge, de la Corne de l’Afrique et du Moyen-Orient, Djibouti a choisi de faire entendre une voix à la fois régionale et internationale. Du 21 au 27 septembre 2026, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, porte-parole du Gouvernement, S.E. M. Abdoulkader Houssein Omar, a enchaîné les prises de parole, les réunions multilatérales et les rencontres bilatérales en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies.


À ses côtés, S.E. M. Mohamed Siad Doualeh, ambassadeur de Djibouti aux États-Unis et représentant permanent auprès des Nations Unies, ainsi que plusieurs diplomates djiboutiens, ont accompagné cette séquence new-yorkaise, contribuant au suivi des rencontres, des échanges multilatéraux et des différents dossiers portés par la diplomatie djiboutienne.



Cette présence collective a donné à la participation de Djibouti une dimension à la fois politique, diplomatique et opérationnelle, avec une équipe mobilisée autour des principaux enjeux défendus par le pays dans les enceintes internationales.


Placée sous le thème « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous », cette semaine de haut niveau a été l’occasion pour Djibouti d’exposer ses préoccupations, mais aussi de défendre une vision du multilatéralisme fondée sur le dialogue, le respect du droit international et la recherche de solutions collectives.


La séquence new-yorkaise du chef de la diplomatie djiboutienne aura surtout été marquée par la place accordée aux crises qui touchent directement l’environnement régional du pays.


De la crise yéménite au Soudan, les dossiers de la région au premier plan


Samedi 26 septembre, S.E. M. Abdoulkader Houssein Omar a prononcé l’allocution de la République de Djibouti lors du débat général de l’Assemblée générale.


Après avoir transmis les salutations du Président de la République, S.E. M. Ismaïl Omar Guelleh, et félicité le Président de la 81e session, S.E. M. Khalilur Rahman du Bangladesh, le ministre a salué le thème de cette session avant de plaider pour un multilatéralisme renouvelé, plus inclusif et plus efficace.


Le dossier yéménite a occupé une place particulière dans son intervention. Djibouti fait face depuis plusieurs semaines à l’arrivée de plusieurs milliers de réfugiés en provenance du Yémen, principalement accueillis dans la région d’Obock et sur le site de Markazi. Cet afflux exerce une pression croissante sur les communautés hôtes et sur les capacités d’accueil du pays.


Le ministre a averti que Djibouti ne pouvait assumer seul les besoins croissants en matière d’hébergement, d’alimentation et de services essentiels, alors que l’afflux pourrait atteindre 10 000 personnes. Il a donc appelé la communauté internationale à renforcer son soutien et renouvelé l’appel de Djibouti à la désescalade ainsi qu’à une solution politique durable à la crise yéménite.


La Somalie a également occupé une place importante dans l’allocution. Djibouti a réaffirmé son engagement aux côtés du peuple et du gouvernement somaliens, tout en soulignant le rôle de l’AUSSOM et de l’UNSOS dans l’accompagnement des efforts de stabilisation du pays.


Le Soudan a constitué un autre dossier majeur. En sa qualité de Président en exercice de l’IGAD, Djibouti par le biais de son ministre , s’est félicité du retour de ce pays frère à la pleine participation au sein de l’organisation régionale. Il a appelé à une solution politique inclusive, plaçant le peuple soudanais au centre du processus, tout en rejetant les interférences étrangères négatives.


Avec l’Érythrée, Djibouti a une nouvelle fois privilégié le langage du dialogue. Le ministre a tendu la main à Asmara, réaffirmant que la négociation, dans le respect du droit international, constitue la voie permettant de régler le différend frontalier. Il a également rappelé la question des prisonniers de guerre djiboutiens détenus incommunicado depuis plus de 18 ans.


La question palestinienne a elle aussi occupé une place centrale. Djibouti a réaffirmé sa solidarité indéfectible avec le peuple palestinien et son soutien à la création d’un État indépendant et souverain sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. Le ministre a également condamné la colonisation et les violences et exprimé sa préoccupation face à la situation humanitaire à Gaza.


À cela s’est ajoutée la question de la sécurité maritime. Le chef de la diplomatie djiboutienne a insisté sur la nécessité de préserver la liberté de navigation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, deux espaces stratégiques pour les échanges régionaux et internationaux.


Le changement climatique a également figuré parmi les priorités exposées à New York. En tant que pays côtier particulièrement exposé, Djibouti a plaidé pour une accélération de la mise en œuvre de l’Accord de Paris et pour un meilleur accès aux financements climatiques. Le ministre a aussi appelé à une réforme de l’architecture financière internationale et au renforcement des efforts en faveur de l’Agenda 2030 des Nations Unies et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.


Une semaine de diplomatie tous azimuts


La présence djiboutienne à New York ne s’est pas limitée à la tribune de l’Assemblée générale. S.E. M. Abdoulkader Houssein Omar a participé à plusieurs réunions ministérielles et rencontres de haut niveau, accompagné de l’ambassadeur et représentant permanent S.E. M. Mohamed Siad Doualeh, ainsi que de diplomates djiboutiens mobilisés durant cette séquence internationale.


Lors de la réunion annuelle de coordination des ministres des Affaires étrangères des États membres de l’Organisation de la coopération islamique, il a notamment insisté sur la question palestinienne, les crises au Soudan et au Yémen et la situation des Rohingyas. Il a également souligné la nécessité de maintenir une mobilisation diplomatique constante en faveur de la paix et du respect du droit international.


Il a ensuite pris part à la 10e réunion ministérielle du Comité de coordination du partenariat entre l’Union africaine et la Ligue des États arabes. Les échanges ont notamment porté sur la responsabilité partagée de l’Afrique et du monde arabe dans le renouvellement du multilatéralisme et la réforme du Conseil de sécurité.


Autre rendez-vous, la réunion de haut niveau consacrée à l’Initiative pour le développement mondial (GDI) de la Chine, organisée à l’occasion de son cinquième anniversaire. Le ministre y a salué la coopération Sud-Sud et réaffirmé la volonté de Djibouti de contribuer à la revitalisation du multilatéralisme et à la réalisation des Objectifs de développement durable.


La question des Rohingyas a enfin été abordée lors de la réunion du Groupe de contact de l’OCI consacrée à cette crise. Djibouti y a exprimé sa préoccupation, salué la générosité du Bangladesh et appelé au maintien d’une assistance humanitaire soutenue. Le ministre a également défendu la nécessité d’un retour sûr, volontaire, digne et durable des réfugiés rohingyas.


En parallèle de ces rencontres multilatérales, la diplomatie djiboutienne a multiplié les échanges bilatéraux.


Avec M. Massad Boulos, Conseiller spécial du Président des États-Unis pour les affaires africaines et du Moyen-Orient, les discussions ont porté sur les relations bilatérales, la Corne de l’Afrique, la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. M. Boulos a notamment salué les efforts de Djibouti dans l’accueil des réfugiés yéménites.


Le ministre s’est également entretenu avec S.E. Mme Allison Hooker, Sous-secrétaire d’État américaine aux Affaires politiques, dans le cadre du renforcement du partenariat stratégique entre les deux pays.


Avec le Secrétaire général des Nations Unies, S.E. M. António Guterres, les échanges ont porté sur les développements régionaux, l’impact humanitaire de la crise yéménite et la coopération entre l’ONU et Djibouti. Le ministre lui a transmis les salutations du Président Ismaïl Omar Guelleh.


Un autre entretien a eu lieu avec Mme Rania Al-Mashat, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Secrétaire exécutive de la CESAO. Les discussions ont notamment porté sur les politiques fiscales, le climat et les Objectifs de développement durable. Une invitation officielle lui a également été adressée pour une visite à Djibouti.


Les échanges se sont poursuivis avec plusieurs partenaires africains et arabes. Le ministre a rencontré son homologue du Koweït, Sheikh Jarrah Jaber Al-Ahmad Al-Sabah, ainsi que le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi.


Il s’est également entretenu avec le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, ainsi qu’avec le ministre de l’Intérieur Vincent Biruta. Des échanges ont par ailleurs eu lieu avec Mme Corinne Amori Brunet, ministre béninoise des Affaires étrangères, et avec d’autres partenaires.


Au fil de ces rencontres, les discussions ont porté sur le renforcement des relations bilatérales, la coopération portuaire et logistique, les questions régionales et la sécurité maritime.


Une diplomatie qui part de la Corne pour porter ses enjeux à l’international


De New York à la mer Rouge, de la crise yéménite au Soudan, de la Somalie à la Palestine, la séquence diplomatique djiboutienne aura placé au premier plan les dossiers qui structurent aujourd’hui l’environnement stratégique du pays.


Derrière le ministre, la présence de l’ambassadeur et représentant permanent auprès des Nations Unies, S.E. M. Mohamed Siad Doualeh, et des diplomates djiboutiens rappelle également que la diplomatie se construit autant dans les grandes tribunes que dans le travail quotidien des représentations, les consultations, les négociations et le suivi des dossiers.


Le fil conducteur reste clair : défendre la stabilité de la Corne de l’Afrique, privilégier le dialogue dans le règlement des différends, soutenir les mécanismes multilatéraux et rappeler que les crises régionales ne peuvent être dissociées des grands enjeux internationaux.


Dans cette architecture diplomatique, la position géographique de Djibouti ( à l’entrée de la mer Rouge et au débouché du détroit de Bab el-Mandeb ) donne naturellement une dimension internationale à nombre de ses préoccupations.


À New York, le pays a ainsi porté une voix qui part de la Corne de l’Afrique pour inscrire ses enjeux au cœur du débat multilatéral. Une voix portée par le ministre, relayée par sa représentation diplomatique et inscrite dans un dispositif diplomatique mobilisé au cœur des Nations Unies.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Djibouti célèbre l'inscription de la "Zaffa", son 3e patrimoine culturel immatériel, à l'UNESCO

An open letter to the president of Somaliland from a Djiboutian citizen

FAJO 2025 : Quand l’Afrique parle à l’Afrique des enjeux de gouvernance juridique et de souveraineté numérique.