À Shenzhen, Djibouti défend le droit comme nouvel outil de la coopération internationale
22 Septembre 2026-SHENZHEN, Chine — À l’ouverture du China Forum on International Legal Cooperation 2026, M Hassan Issa Sultan, Inspecteur général de l’État de la République de Djibouti et Secrétaire exécutif du Forum des Inspections générales d’État d’Afrique (FIGE), a défendu le droit comme nouvel outil de la coopération internationale. Il a placé la question juridique au centre du partenariat sino-africain.
« Le droit est la colonne vertébrale de toute relation internationale solide et pérenne », a-t-il déclaré.
Selon lui, les ports, routes, chemins de fer, zones franches et grands projets d’investissement ne suffisent pas. Les contrats, règles, garanties et mécanismes de règlement des différends forment une architecture juridique sans laquelle les grandes ambitions économiques resteraient fragiles. C’est cette dimension, souvent moins visible, que Djibouti a choisi de mettre en avant à Shenzhen.
Le droit, socle de la confiance
Hassan Issa Sultan a souligné que la coopération entre la Chine et l’Afrique ne se résume pas à ses chiffres. Elle repose aussi sur la confiance, et la confiance a besoin de garanties.
« Le droit doit permettre une coopération basée sur le respect mutuel, la réciprocité et l’équité », a-t-il affirmé.
Il a ajouté que le droit doit faciliter les échanges et les investissements, tout en protégeant les citoyens et les entreprises. Un cadre juridique solide, prévisible et respecté est, selon lui, le socle de la confiance des investisseurs, de la protection des citoyens et de la crédibilité d’une nation sur la scène internationale.
Pour le responsable djiboutien, le droit n’est donc plus une matière réservée aux juristes. Il devient une composante du développement.
Il a également insisté sur la souveraineté. Les accords entre la Chine et les pays africains doivent s’appuyer sur des principes juridiques solides tout en respectant les spécificités culturelles et sociales de chaque pays. Il a cité la souveraineté et la non-ingérence, auxquelles il associe le respect mutuel, la réciprocité et l’équité.
Selon lui, ouverture et souveraineté ne s’excluent pas. Elles peuvent au contraire se renforcer lorsque la coopération repose sur des règles acceptées par les partenaires.
Hassan Issa Sultan a rappelé que Djibouti se trouve « au carrefour de l’Afrique, de la péninsule Arabique et de l’Asie » et s’efforce de jouer « un rôle de pont entre les civilisations et les systèmes juridiques ». Cette vocation s’étend au domaine juridique, a-t-il précisé, alors que le partenariat Djibouti-Chine couvre les infrastructures portuaires, les zones franches et les grands projets d’investissement liés à l’Initiative la Ceinture et la Route. Ces projets s’accompagnent de cadres juridiques destinés à définir les droits et obligations des parties.
Un port ne fonctionne pas uniquement avec des quais et des grues, a-t-il fait observer. Il fonctionne aussi avec des règles. Une zone franche ne repose pas seulement sur des bâtiments et des entreprises, mais sur un environnement juridique lisible pour les investisseurs. Et un partenariat stratégique ne se mesure pas seulement aux projets annoncés, mais aussi à la capacité des parties à construire des mécanismes durables.
Une coopération au service des peuples
Le discours a aussi porté sur la place de l’Afrique. Pour Hassan Issa Sultan, le continent ne doit pas seulement être présent dans les grands partenariats internationaux. Il doit participer pleinement aux réflexions qui les accompagnent.
« L’Afrique est appelée à jouer un rôle toujours plus important dans les réflexions qui accompagnent l’évolution de la coopération internationale », a-t-il déclaré.
Il a précisé que son implication grandissante dans les partenariats internationaux doit s’accompagner d’une participation pleine et entière aux réflexions relatives à l’investissement, aux droits humains et au commerce international.
À mesure que les économies africaines s’intègrent aux flux mondiaux, leurs institutions doivent maîtriser les nouveaux enjeux juridiques, a-t-il estimé. Le renforcement des capacités juridiques locales occupe donc une place importante.
Les différences entre systèmes juridiques, la transparence des investissements et les normes environnementales ne sont pas des murs infranchissables, selon lui.
« Ces défis ne sont toutefois pas insurmontables », a-t-il dit, ajoutant qu’ils peuvent devenir des opportunités : renforcer les compétences locales, améliorer les mécanismes de règlement des différends et consolider la bonne gouvernance.
Hassan Issa Sultan a insisté sur l’objectif de promouvoir « une coopération juridique plus inclusive et plus équitable ». Il a évoqué la protection des travailleurs, l’accès à la justice et le respect des normes internationales en matière de droits de l’homme.
Pour lui, le droit doit servir la coopération, mais la coopération doit servir les peuples.
En citant le président Ismaïl Omar Guelleh et ses positions dans le cadre du Forum sur la coopération sino-africaine, Hassan Issa Sultan a inscrit son intervention dans la continuité de la politique de partenariat menée par Djibouti. La relation avec la Chine s’est approfondie au fil des années et a été élevée au rang de partenariat stratégique global en 2024.
À Shenzhen, une nouvelle dimension s’ajoute à cette relation : la coopération juridique. Plus les relations entre deux pays deviennent importantes, plus elles nécessitent des cadres adaptés, a-t-il souligné.
Au final, le message djiboutien est simple : pour construire des relations solides entre les nations, il faut des intérêts communs, mais aussi des règles communes et un respect constant de la souveraineté de chacun. Les ports et les infrastructures sont les ponts visibles ; le droit en est l’ossature invisible. Dans un monde où les partenariats internationaux se complexifient, cette architecture compte peut-être autant que les ouvrages que l’on voit.


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