Mme Kadra M. Haid : une vie au service des femmes, des familles et de l’enfance

 Son histoire commence bien avant le palais présidentiel. Elle commence dans les salles de classe.


Fille de Mahamoud Haïd et de Fatouma Awaleh, Kadra Mahamoud Haïd fait sa scolarité chez les Sœurs franciscaines, à l’école de la Nativité, puis au lycée d’État. Comme sa sœur aînée Chafiqa, elle choisit l’enseignement, à une époque où Djibouti manque encore de maîtres et de maîtresses d’école .


Elle enseigne dans plusieurs écoles primaires de Djibouti-ville, dont l’école Stade. Puis elle devient bibliothécaire et gestionnaire au CES de Boulaos. Elle y encourage les collégiens à emprunter des livres, à lire davantage, à enrichir leur vocabulaire. L’éducation est déjà là. Elle restera, des décennies plus tard, l’un des fils conducteurs de son parcours.



Son engagement public commence lui aussi tôt. Avant même l’indépendance, elle milite au sein de la LPAI aux côtés de Hassan Gouled Aptidon. En 1979, elle rejoint le RPP. Elle participe également aux premières années de l’Union nationale des femmes djiboutiennes, aux côtés d’Aïcha Bogoreh, première Première dame du pays.


En 1981, elle épouse Ismaïl Omar Guelleh, alors chef de cabinet de la Présidence de la République. Lorsque celui-ci accède à la magistrature suprême en 1999, elle devient Première dame de la République de Djibouti.


Elle choisit alors de donner à cette fonction une dimension avant tout sociale. Les femmes, les mères, les enfants et les familles vulnérables seront au cœur de son engagement.


 Le 3 avril 2000, elle prend la présidence de l’UNFD. Créée en 1977 et jusque-là présidée par Mme Aïcha Bogoreh, épouse du père de la Nation, Al-Haj Hassan Gouled Aptidon, l’organisation est déjà solidement implantée dans le paysage national. Avec l’arrivée de Kadra Mahamoud Haïd s’ouvre toutefois une nouvelle phase. Les commissions sont réorganisées autour de trois priorités : l’éducation des filles et des femmes, la santé et la lutte contre la pauvreté. Le réseau s’étend progressivement aux régions et les programmes se multiplient.


L’alphabétisation devient l’un des premiers terrains d’action.


Pour l’UNFD, apprendre à lire et à écrire ne se résume pas à acquérir une compétence scolaire. Pour une mère de famille, cela peut vouloir dire comprendre un document administratif, suivre la scolarité de ses enfants ou accéder à une formation.


De dizaines de milliers d’adultes, en majorité des femmes, ont ainsi été alphabétisés depuis 2000. Plus de trente centres ont été ouverts à Djibouti-ville et dans les cinq régions de l’intérieur, avec l’Agence djiboutienne de développement social. L’UNFD a reçu le Prix du Chef de l’État pour cette action.


Puis vient la formation. Couture, broderie, cuisine, coiffure, informatique : l’« école de la seconde chance » entend offrir aux jeunes filles sorties du système scolaire la possibilité de reprendre pied.


L’objectif est simple : transformer un apprentissage en compétence, puis une compétence en activité.


Le projet SEFA prolonge cette démarche auprès des 15-24 ans, avec le concours de l’UNICEF et le financement de l’Agence française de développement. Rattrapage scolaire, formation, stages en entreprise et accompagnement vers l’insertion : le dispositif élargit le champ de l’action de l’Union.


La formation débouche naturellement sur une autre question : comment gagner sa vie ?


Un programme historique de financement permet à plusieurs centaines de femmes d’accéder à des crédits dès la première année. Les caisses populaires d’épargne et de crédit prennent ensuite le relais, à Djibouti-ville comme dans les régions. Selon l’UNFD, les femmes représentent 73 % de leurs clients. Commerce, restauration, petits services : les activités sont diverses.


L’accompagnement devient également très concret. Machines à coudre, stands de fruits et légumes, chariots de vente, moyens destinés à l’élevage. Dans les régions, l’Union soutient aussi les coopératives, le maraîchage et l’élevage.


Et puis le numérique arrive.


En 2025, une trentaine de cheffes de petites et moyennes entreprises ont bénéficié, avec la Banque mondiale, d’un accompagnement consacré au commerce en ligne. L’autonomisation des femmes ne se joue donc plus seulement dans les ateliers ou les coopératives. Elle passe désormais aussi par les plateformes numériques.


Protéger, accompagner, ouvrir de nouveaux espaces


La protection des femmes et des jeunes filles constitue l’autre grande dimension de cette action.


Dès 2003, Mme Kadra Mahamoud Haïd prend publiquement position contre les mutilations génitales féminines, alors que leur interdiction légale remonte à 1995. L’UNFD mène des campagnes auprès des communautés, des exciseuses et des accoucheuses traditionnelles. Le dialogue s’engage aussi avec les oulémas et les professionnels de santé.


En 2005, les 2 et 3 février, une conférence sous-régionale organisée à Djibouti cherche à dégager un consensus politique et religieux en faveur de l’abandon de ces pratiques. La commissaire européenne Emma Bonino y salue l’engagement de la Première dame.


Le combat, pourtant, n’est pas terminé. Les mutilations génitales féminines restent un enjeu de santé, de protection de l’enfant et de droits des femmes.


La prévention s’accompagne alors de l’écoute. Créée le 8 mars 2007, la Cellule d’écoute, d’information et d’orientation accueille les femmes et les jeunes filles confrontées aux violences et les oriente vers les services sociaux, médicaux, psychologiques ou juridiques.


Le principe est concret : ne pas laisser une victime seule face à son problème.


Puis il y a Daryeel.


En 2011, la pouponnière est créée à l’initiative de Mme Kadra Mahamoud Haïd et inaugurée le 26 mai par le couple présidentiel. Elle accueille les nouveau-nés abandonnés dans les maternités, ainsi que les nourrissons et les jeunes enfants privés de cadre familial.


Sa création change aussi la manière de prendre en charge ces enfants. Auparavant, nombre d’entre eux étaient orientés vers des filières d’adoption internationale, notamment vers l’Europe. Avec Daryeel, ils peuvent grandir à Djibouti et être adoptés par des familles djiboutiennes, dans un cadre strictement encadré.


La pouponnière dispose d’un réfectoire, d’une infirmerie, d’une salle de jeux, d’une crèche et d’espaces adaptés aux enfants. Des professionnels assurent les soins, l’alimentation et les activités éducatives. En 2019, elle accueillait environ 83 enfants âgés de zéro à quatre ans et demi.


L’attention portée à la petite enfance se retrouve également à Abqaal. L’ancienne garderie Ayan, transférée au siège de l’UNFD, est rebaptisée en 2000 et devient une école maternelle tournée vers l’éveil et l’éducation.


À l’autre bout de la chaîne, l’UNFD continue de travailler avec les femmes adultes, dans les régions comme dans la capitale.


À Ali Sabieh, Dikhil, Obock, Tadjourah et Arta, les comités et les maisons de la femme portent des programmes d’alphabétisation, de formation, d’aide aux familles vulnérables et d’activités génératrices de revenus.


En 2026 encore, à Dikhil, l’Union a remis des moulins à blé à As-Eyla et à Mouloud et renforcé les comités de gestion communautaire. À Tadjourah, les associations féminines constituent également un relais de proximité. L’une d’elles a récemment célébré ses vingt-cinq ans sous le haut patronage de la Première dame.


À Djibouti-ville, le Complexe sportif, de loisirs et de formation pour femmes de Boulaos, inauguré le 30 avril 2019, ajoute une autre dimension à cette politique. Piscine, salle de sport, terrains de football, de basketball et de tennis, espaces de formation : les femmes disposent désormais d’un lieu où la santé, le sport, le bien-être et la formation se rejoignent.


L’action porte aussi sur la participation des femmes à la vie publique. L’UNFD intervient sur la budgétisation sensible au genre et milite pour une meilleure représentation des femmes dans les instances électives et administratives. Cette dynamique accompagne les réformes engagées par l’État depuis 1999, avec notamment le Code de la famille de 2002 et l’instauration progressive de quotas favorisant la présence des femmes au Parlement.


Mais l’action de l’UNFD ne s’arrête pas aux frontières de ses missions traditionnelles. L’actualité récente d’Obock en donne une illustration particulièrement concrète.


Le 17 septembre 2026, une délégation de l’Union conduite par sa secrétaire générale, Mme Fatouma Moussa Abdi, s’est rendue auprès de familles yéménites réfugiées dans la région. Une initiative menée sur instruction et avec le soutien de la présidente de l’UNFD, Kadra Mahamoud Haïd, dans un contexte où la proximité du Yémen, de l’autre côté du golfe d’Aden, rend les conséquences de la guerre particulièrement visibles à Djibouti.


L’aide distribuée était destinée à répondre aux besoins les plus immédiats : couvertures, nattes, ustensiles de cuisine, vêtements, chaussures et produits d’hygiène. Des kits adaptés aux nourrissons, aux enfants, aux femmes et aux hommes ont également été remis.


Au total, 2 799 personnes, soit plus de 700 familles, ont bénéficié de cette opération.


À Obock, le préfet Moussa Aden Miganeh, le président du conseil régional Mohamed Houmed Ismail, la responsable régionale de l’UNFD Fatoum Houmed ainsi que plusieurs responsables locaux ont accompagné cette initiative.


Au-delà des chiffres, cette opération raconte quelque chose de l’évolution du rôle de l’Union. L’organisation intervient ici auprès d’une population qui ne constitue pas son public traditionnel, mais dont la vulnérabilité appelle une réponse immédiate. La solidarité prend le pas sur les catégories habituelles.


Depuis son entrée dans la fonction de Première dame et  son arrivée à la tête de l’UNFD, Mme Kadra Mahamoud Haïd reste ainsi associée à une trajectoire qui a commencé dans l’enseignement.


La femme qui encourageait autrefois ses élèves à fréquenter la bibliothèque se retrouve aujourd’hui à la tête d’une organisation qui accompagne plusieurs étapes d’une vie : apprendre, se former, travailler, créer une activité, être protégée en cas de violence, élever ses enfants, mais aussi, lorsque l’urgence survient, venir en aide aux plus vulnérables.


L’UNFD de 2000 n’est plus exactement celle d’aujourd’hui. Ses programmes se sont diversifiés. Son implantation s’est renforcée. Le numérique, l’entrepreneuriat, le sport féminin, la protection de l’enfance et l’action humanitaire ont élargi son champ d’intervention.


Mais le fil conducteur demeure.


Faire de la femme non seulement une bénéficiaire de l’action sociale, mais une actrice de son autonomie et, au-delà, du développement du pays



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