À Kampala, Djibouti réaffirme son rôle de pilier de la sécurité régionale

 Kampala (Ouganda) – Alors que l’avenir de la mission africaine en Somalie entre dans une phase décisive, Djibouti a une nouvelle fois fait entendre sa voix. Jeudi, la capitale ougandaise accueillait la réunion des ministres de la Défense des pays contributeurs de troupes (TCCs) de la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM), une étape clé avant le 2ᵉ Sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement prévu ce vendredi.

La délégation djiboutienne était conduite par le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, M. Omar Abdi Said, assurant l’intérim du ministre de la Défense. Elle comprenait également l’ambassadeur de Djibouti en Éthiopie et représentant permanent auprès de l’Union africaine, M. Abdi Mohamoud Eybe, ainsi que l’ambassadeur de Djibouti aux Etats Unis et représentant permanent de la République de Djibouti auprès des Nations unies , M. Mohamed Siad Doualeh. Cette représentation de haut niveau illustre l’importance que Djibouti accorde aux enjeux de sécurité dans la Corne de l’Afrique et la complémentarité entre son action diplomatique et son engagement militaire.



Dès l’ouverture des travaux, le ministre ougandais de la Défense, Kiryowa Kiwanuka, a rendu hommage aux militaires africains déployés en Somalie, saluant leur courage et les sacrifices consentis depuis de nombreuses années dans la lutte contre les groupes terroristes. Les ministres ont ensuite examiné les recommandations formulées la veille par les chefs d’état-major des pays contributeurs, avec un objectif commun : préserver les acquis sécuritaires obtenus au prix de lourds efforts et accompagner la Somalie vers une prise en charge progressive de sa propre sécurité.


Une mission confrontée à l’épreuve du financement


Au-delà des considérations militaires, c’est la question du financement de l’AUSSOM qui a dominé les échanges. Les inquiétudes sont réelles. La perspective d’un arrêt du soutien logistique américain, assuré par l’intermédiaire du Bureau d’appui des Nations unies en Somalie (UNSOS) à partir du 31 décembre 2026, fait peser une incertitude sur la continuité des opérations.


Les ministres ont donc appelé à la mise en place de mécanismes de financement plus durables et plus prévisibles. L’enjeu dépasse la seule question budgétaire : il s’agit de garantir que la transition sécuritaire en cours ne soit pas compromise au moment où les forces somaliennes commencent progressivement à assumer davantage de responsabilités.


Les discussions ont également porté sur le niveau des effectifs, les besoins en équipements et en moyens aériens, ainsi que sur le calendrier de transfert progressif des responsabilités aux forces de sécurité somaliennes, une transition appelée à s’échelonner jusqu’en 2029.


Djibouti, un engagement qui s’inscrit dans la durée


Pour Djibouti, cette réunion ne relève pas du simple exercice diplomatique. Depuis son engagement militaire en Somalie en 2011, le pays s’est imposé comme l’un des partenaires les plus constants de la stabilisation du voisin somalien.


Le 13ᵉ bataillon djiboutien « Hiil-Walaal », actuellement déployé à Beledweyne, Jalalaqsi et Bulo Burde, poursuit des missions essentielles de lutte contre les shebabs, de sécurisation des axes stratégiques et de protection des populations civiles. Sur le terrain, les soldats djiboutiens contribuent quotidiennement à consolider les progrès réalisés face aux groupes armés.


À l’heure où les tensions sécuritaires se multiplient dans la Corne de l’Afrique et en mer Rouge, cet engagement revêt une dimension stratégique. Pour Djibouti, la stabilité de la Somalie ne constitue pas seulement un enjeu de solidarité régionale ; elle conditionne aussi l’équilibre sécuritaire de l’ensemble de la région.


Les regards tournés vers le sommet des chefs d’État


La réunion ministérielle s’est déroulée en présence du Représentant spécial du président de la Commission de l’Union africaine pour la Somalie et chef de l’AUSSOM, l’ambassadeur El Hadji Ibrahima Diene, ainsi que du commandant de la Force, le lieutenant-général Sam Kavuma. Tous deux ont présenté une évaluation de la situation sur le terrain et des défis auxquels la mission reste confrontée.


Les recommandations issues de cette rencontre seront soumises aux chefs d’État et de gouvernement réunis ce vendredi à Kampala. Ils devront arrêter les grandes orientations politiques, militaires et financières qui guideront l’avenir de l’AUSSOM et accompagneront la transition des responsabilités vers les forces somaliennes.


Placée sous le thème « Soutenir le processus de stabilisation en Somalie », cette séquence diplomatique intervient à un moment charnière. Face à une menace terroriste toujours active et à des équilibres régionaux fragiles, les pays africains entendent démontrer leur capacité à construire des réponses communes aux défis de sécurité du continent.


Dans cette dynamique, Djibouti confirme une nouvelle fois la place singulière qu’il occupe au sein de l’architecture africaine de paix et de sécurité. À travers son engagement militaire, son action diplomatique et sa participation aux grands rendez-vous régionaux, le pays continue de faire de la stabilité de la Corne de l’Afrique une priorité stratégique.





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