Budget 2027, réformes, Agenda 2063 : ce que Djibouti veut changer à l’Union africaine
À la 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, Djibouti a soutenu l’adoption du rapport du Comité des représentants permanents, tout en appelant à accélérer les réformes de l’organisation. Derrière les discussions sur le budget, c’est une question plus profonde qui se dessine : celle de la capacité de l’UA à transformer ses décisions en résultats concrets.
À Addis-Abeba, les échanges des 28 et 29 juillet n’ont donc pas été une simple affaire de chiffres. La 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l’organisation panafricaine a remis au premier plan l’un des enjeux les plus sensibles de l’Union africaine : disposer des moyens nécessaires à ses ambitions, tout en améliorant le fonctionnement de ses institutions.
Dans cette séquence, Djibouti a adopté une position à la fois constructive et exigeante. La délégation djiboutienne était conduite par S.E.M Abdi Mahamoud Eybe, ambassadeur de Djibouti en Éthiopie et représentant permanent auprès de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique. Il représentait le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Son Excellence Abdoulkader Houssein Omar.
Le message était clair : reconnaître les avancées de l’organisation, mais ne pas perdre de vue les réformes qui restent à mener.
Le budget 2027, révélateur des défis de l’Union africaine
La session du Conseil exécutif était largement consacrée à l’examen et à l’adoption du budget de l’Union africaine pour 2027. Un exercice très technique en apparence, mais qui renvoie directement à une question politique majeure : celle de l’autonomie et de l’efficacité de l’organisation.
Derrière les lignes budgétaires se pose en réalité une interrogation essentielle : l’Union africaine dispose-t-elle des moyens nécessaires pour donner corps aux engagements pris par ses États membres ?
C’est sur ce terrain que l’intervention djiboutienne prend tout son sens. En félicitant le président du Comité des représentants permanents pour la qualité de son rapport, Abdi Mahamoud Eybe a apporté le soutien de Djibouti à son adoption.
Mais ce soutien n’est pas un blanc-seing.
Djibouti souligne la nécessité de poursuivre les réformes institutionnelles, mais aussi de renforcer la transparence et l’efficacité de la gouvernance financière. Une position qui renvoie à une préoccupation plus large : le décalage qui peut encore exister entre les décisions prises à l’échelle continentale et leur traduction concrète sur le terrain.
Mahmoud Ali Youssouf : Djibouti salue une nouvelle dynamique
L’intervention djiboutienne a également permis de saluer le travail du président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf.
Abdi Mahamoud Eybe a notamment mis en avant son leadership dans la mise en œuvre de plusieurs décisions importantes du Conseil exécutif. Il a cité, entre autres, le processus relatif au personnel de la Commission, connu sous l’appellation SACA, ainsi que l’organisation des élections au Parlement panafricain.
Cette dernière étape est loin d’être secondaire.
Le Parlement panafricain demeure l’une des institutions emblématiques du projet d’intégration africaine. La réussite de ses élections représente donc davantage qu’un simple processus électoral. Elle constitue aussi un indicateur de la volonté de consolider les institutions communes du continent.
Pour Djibouti, cette dynamique doit être encouragée. Mais elle ne saurait être dissociée d’un chantier plus large : celui de la réforme de l’Union africaine.
De la réforme aux résultats : le véritable enjeu de l’Agenda 2063
C’est sans doute ici que se trouve le cœur du message porté par Djibouti.
Depuis son adoption, l’Agenda 2063 affiche une ambition considérable : faire de l’intégration africaine un moteur de transformation économique, sociale et politique. Encore faut-il que cette ambition dépasse les déclarations de principe et les décisions adoptées au fil des sommets.
Elle suppose des institutions capables de fonctionner efficacement, des mécanismes financiers transparents et, surtout, une réelle capacité à traduire les décisions continentales en politiques publiques.
Djibouti appelle ainsi à donner à l’Union africaine les capacités nécessaires pour assurer la mise en œuvre effective de cet agenda, conformément aux priorités arrêtées par les États membres.
Le raisonnement est finalement assez simple : la force de l’Union africaine ne se mesure pas seulement au nombre de décisions qu’elle adopte. Elle se mesure surtout à sa capacité à les faire appliquer.
Djibouti, entre soutien au multilatéralisme africain et exigence de résultats
Dans le contexte actuel de la Corne de l’Afrique et du continent, cette position n’est pas anodine.
Djibouti reste particulièrement attentif aux équilibres régionaux et au rôle des institutions africaines. Sa participation régulière aux travaux de l’Union africaine traduit cette volonté de prendre part aux débats qui concernent l’avenir du continent.
À Addis-Abeba, le message djiboutien n’était donc ni celui d’une contestation de l’organisation, ni celui d’un soutien simplement protocolaire. Il s’agissait plutôt de défendre une ligne pragmatique : préserver les acquis, poursuivre les réformes et renforcer les moyens de l’UA afin que ses décisions aient davantage d’impact.
Cette approche rejoint une question qui s’impose désormais dans les débats internes de l’organisation panafricaine : comment construire une Union africaine plus autonome, plus crédible et surtout plus opérationnelle ?
Le débat sur le budget 2027 n’est, à cet égard, qu’une partie de l’équation.
L’autre se joue dans la gouvernance.
Et sur ce terrain, Djibouti entend visiblement maintenir une ligne constante : soutenir les institutions africaines, tout en leur demandant davantage de transparence, d’efficacité et, surtout, de résultats.

Commentaires