« Demain, Djibouti sera un carrefour numérique de l’Afrique de l’Est » Président Guelleh

 Le président Guelleh fixe le cap d’une nouvelle économie fondée sur le savoir, l’innovation et l’intelligence artificielle.


En ouvrant le premier Forum national consacré à l’intelligence artificielle, le président de la République, Son Excellence Ismaïl Omar Guelleh, a tracé les contours d’une nouvelle ambition : transformer, une fois encore, la géographie de Djibouti en avantage stratégique. Cette fois, sur le terrain de l’économie du savoir, de l’innovation et du numérique.



Il y a des discours qui installent une politique publique avant même que les textes ne l’organisent. Celui prononcé mercredi par le chef de l’État djiboutien, à la tribune du premier Forum national sur l’intelligence artificielle placé sous son haut patronage, appartient à cette catégorie. Devant un parterre de responsables publics, d’entrepreneurs, de chercheurs et de partenaires internationaux, Son Excellence Ismaïl Omar Guelleh n’a pas prononcé un discours de circonstance sur une technologie à la mode. Il a formulé un plaidoyer, argumenté et assumé, en faveur d’une intégration rapide de l’IA dans l’ensemble des rouages de la nation.


Le président de la République a d’abord voulu convaincre de l’ampleur et du caractère inéluctable du phénomène. L’image choisie, celle d’une révolution comparable à l’électrification, dit assez la place qu’il entend accorder à cette technologie dans l’architecture du développement national. « Comme l’électricité a irrigué chaque foyer, chaque usine, chaque hôpital, l’intelligence artificielle irriguera chaque secteur de notre économie, chaque service de notre Administration, chaque salle de classe de notre pays », a-t-il déclaré.


L’analogie n’est pas gratuite. Elle situe l’IA non pas dans le registre de l’outil, mais dans celui de l’infrastructure, c’est-à-dire d’un bien structurant dont l’absence pénalise durablement ceux qui s’en privent. « L’intelligence artificielle est une infrastructure de l’esprit, une force qui redéfinit ce que peuvent produire les nations, les entreprises et les femmes et les hommes qui les composent », a affirmé le chef de l’État, insistant sur la légitimité de toutes les sociétés, quelle que soit leur taille, à s’approprier ces usages.


En creux, le message vise un débat plus large, qui traverse aujourd’hui le continent : celui de la place des pays africains dans une chaîne de valeur technologique dont les centres de décision et les capacités de calcul demeurent très largement concentrés ailleurs. Djibouti, en se dotant d’un forum national et d’un discours présidentiel structurant, choisit de ne pas subir cette asymétrie.


Le président Guelleh a pris soin d’ancrer cette ambition dans le référentiel stratégique existant plutôt que de lui ouvrir un chapitre séparé. « La Vision Djibouti 2035 nous fixe un cap : celui d’une nation émergente, ouverte sur le monde, fondée sur le savoir et la connaissance. L’intelligence artificielle n’est pas une option supplémentaire ajoutée à cette vision : elle en est l’accélérateur le plus puissant. Elle peut comprimer en une décennie des transformations qui, hier encore, en exigeaient trois », a-t-il observé.


L’argument économique a suivi, et il touche à l’un des points sensibles du modèle djiboutien : sa concentration. « L’intelligence artificielle est une promesse économique considérable. Elle diversifiera une économie encore trop concentrée sur les seuls services logistiques et portuaires, en ouvrant de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée », a indiqué le chef de l’État. Reconnaissance rare, dans un discours officiel, de la vulnérabilité que représente la dépendance à une rente de transit, aussi performante soit-elle.


Vient alors la question de l’emploi, décisive dans un pays à la démographie jeune. « Elle créera des emplois nouveaux ( data scientists, ingénieurs, spécialistes de la cybersécurité, entrepreneurs technologiques ) pour une jeunesse djiboutienne qui n’attend que la confiance de son pays et les outils de son ambition », a souligné le président de la République. Une formule qui vaut engagement, puisqu’elle déplace la responsabilité du côté de l’État et des dispositifs de formation qu’il lui appartient de bâtir.


Le chef de l’État a également relevé le pouvoir d’attraction de cette orientation auprès « des investisseurs qui cherchent, en Afrique de l’Est, une porte d’entrée fiable, connectée et stable ».

C’est la deuxième séquence du discours, la plus prospective. Ismaïl Omar Guelleh a affirmé sa volonté de faire de Djibouti un « pôle régional de l’innovation numérique de la Corne de l’Afrique : un lieu où les meilleurs talents de notre région viennent apprendre, chercher et entreprendre ; un lieu où se conçoivent les solutions d’intelligence artificielle ». Une ambition qu’il a d’emblée bornée, en la plaçant sous le signe de « notre adhésion à la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique, au service de l’humain, de la justice sociale, de l’inclusion de nos concitoyens en situation de handicap, de nos femmes et de nos régions de l’intérieur ».


Le choix de cette référence normative n’est pas anodin. Il inscrit d’entrée la démarche djiboutienne dans un cadre multilatéral reconnu et prévient le procès, fréquemment instruit, d’une adoption technologique conduite sans garde-fous.

Suit l’appel, adressé aux forces vives comme aux partenaires extérieurs. « À notre jeunesse, à nos chercheurs et à notre université, au secteur privé djiboutien, aux investisseurs internationaux, aux partenaires internationaux ( l’UNESCO, la CESAO, l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations unies ) venez bâtir avec nous ce hub numérique régional dont l’Afrique de l’Est a besoin », a lancé le chef de l’État.


À ceux qui objecteraient que la taille du pays interdit une telle ambition, le président a opposé la lecture longue de l’histoire nationale. « Djibouti a toujours su transformer sa géographie en destin : hier carrefour des caravanes et des empires ; aujourd’hui point de passage d’une part considérable du commerce maritime mondial ; demain, j’en suis convaincu, carrefour numérique de l’Afrique de l’Est », a-t-il fait valoir, réaffirmant sa conviction de voir le pays occuper une place de choix dans « la nouvelle économie du savoir ».

Placé sous le signe du faste et de la solennité, ce premier Forum national sur l’intelligence artificielle a accueilli de nombreux stands d’exposition de produits issus de l’IA. Il a surtout servi de plateforme de rencontre, d’évaluation et d’interaction à un nombre important d’usagers, de professionnels et de fournisseurs de ce secteur naissant.


Outre le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, et le président de l’Assemblée nationale, Dileita Mohamed Dileita, le Secrétaire général du gouvernement M Almis Mohamed Abdillahi, l’ensemble des membres du gouvernement a pris part à l’événement, dont la ministre déléguée chargée de l’Économie numérique et de l’Innovation, Mme Safia Mohamed Ali Gadileh, entourée de ses principaux collaborateurs.


Reste désormais l’essentiel : traduire le cap présidentiel en feuille de route, en compétences et en infrastructures. C’est à cette aune que se mesurera la portée réelle de ce premier forum




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Djibouti célèbre l'inscription de la "Zaffa", son 3e patrimoine culturel immatériel, à l'UNESCO

FAJO 2025 : Quand l’Afrique parle à l’Afrique des enjeux de gouvernance juridique et de souveraineté numérique.

An open letter to the president of Somaliland from a Djiboutian citizen