Djibouti–Mogadiscio : les deux capitales donnent un contenu politique à leur fraternité
La signature d’un Mémorandum d’Entente entre les deux municipalités marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Djibouti et la Somalie. Au-delà des liens historiques et de la relation privilégiée entre les présidents Ismaïl Omar Guelleh et Hassan Sheikh Mohamud, cette coopération entend faire des collectivités locales un instrument de solidarité, d’expertise et d’action au service des populations.
DJIBOUTI, 14 septembre 2026 — Il y a les déclarations d’amitié, les visites officielles et les poignées de main protocolaires. Et puis il y a les textes que l’on signe, les administrations que l’on rapproche et les projets que l’on met en chantier. Entre Djibouti et Mogadiscio, la fraternité vient de franchir ce lundi un cap qui mérite d’être regardé au-delà du cérémonial municipal.
À la Mairie de Djibouti, les deux capitales ont décidé de donner une architecture institutionnelle à une proximité qui relève autant de l’histoire que de la politique. Le Maire de la Ville de Djibouti, Saïd Daoud, et son homologue de Mogadiscio, Dr Hassan Mohamed Hussein Muungaab, également Gouverneur de la Région de Banadir, ont signé un Mémorandum d’Entente destiné à structurer et approfondir leur coopération.
L’événement s’inscrit dans le cadre de la visite officielle à Djibouti du responsable municipal somalien. Il a réuni, autour des deux maires, plusieurs personnalités de haut rang, dont l’ambassadeur de Djibouti à Mogadiscio, Osman Doubad, le président de la Chambre de commerce de la République fédérale de Somalie, ainsi que des représentants des autorités administratives et municipales djiboutiennes.
La séquence avait commencé par des visites de courtoisie auprès du ministre de l’Intérieur, Omar Abdi Said, et du préfet de Djibouti, Abdi Hassan Ahmed. Elle s’est poursuivie à la Mairie, où la délégation somalienne a été accueillie par les cadres de la municipalité et les élus locaux. Une manière de rappeler que la coopération entre deux capitales ne se résume pas à leurs exécutifs : elle engage des administrations, des territoires et, au bout de la chaîne, des citoyens.
Une fraternité appelée à produire des résultats
Dans son propos de bienvenue, Saïd Daoud a rappelé les liens ancestraux qui unissent les peuples djiboutien et somalien. Une évidence historique, certes, mais dont la portée politique ne cesse de se renouveler. Dans cette partie du monde où les frontières contemporaines n’ont jamais effacé les solidarités humaines, la proximité entre Djibouti et la Somalie constitue un capital diplomatique qu’il importe désormais de convertir en réalisations.
Le maire djiboutien a également évoqué les relations de fraternité entre les présidents Ismaïl Omar Guelleh et Hassan Sheikh Mohamud. Il a souhaité la bienvenue à son homologue en des termes qui dépassent la courtoisie protocolaire : « Djibouti est votre deuxième pays ».
La formule est chaleureuse. Elle dit aussi quelque chose de la place qu’occupe Djibouti dans l’environnement somalien. Par sa position géographique, son rôle régional et sa tradition d’ouverture, la République de Djibouti entretient avec son voisin une relation dont les ressorts sont à la fois populaires, diplomatiques et stratégiques.
L’ambassadeur Osman Doubad a salué l’engagement des deux maires et remercié les équipes municipales pour leur contribution au rapprochement entre les deux collectivités. Dans le même esprit, le Dr Hassan Mohamed Hussein Muungaab a exprimé sa gratitude aux autorités djiboutiennes pour la qualité de l’accueil réservé à sa délégation. Il a insisté sur la profondeur des liens entre les deux peuples et sur la nécessité de les renforcer par une coopération municipale plus étroite.
Ce dialogue à plusieurs voix n’est pas anodin. Il associe la diplomatie d’État, la gouvernance territoriale et les acteurs économiques. Il dessine une coopération qui ne demande qu’à sortir du registre symbolique.
La signature du Mémorandum est intervenue après les échanges protocolaires et la signature du Livre d’Or par les deux maires. Une séance de travail a ensuite permis à la délégation somalienne de découvrir l’organisation de la Ville de Djibouti, ses compétences et ses principaux domaines d’intervention.
C’est là que se trouve le véritable enjeu de cette première journée. Car la coopération décentralisée n’a d’intérêt que lorsqu’elle devient un instrument de travail. Les villes sont confrontées à des problèmes qui, malgré les différences de contexte, se ressemblent : croissance urbaine, entretien des espaces publics, gestion des déchets, infrastructures, mobilité, services de proximité et insertion des jeunes.
Le Mémorandum entend précisément offrir un cadre à ces échanges. Il couvre la gouvernance municipale, le développement économique, l’urbanisme et les infrastructures, la gestion des déchets et la propreté urbaine, l’environnement et les espaces verts, l’éducation, la culture et le patrimoine, ainsi que la jeunesse et le développement social.
L’ambition est claire : partager les expériences, mobiliser les expertises et identifier des actions concrètes. Les deux collectivités devront désormais déterminer les projets prioritaires, mettre en place un mécanisme conjoint de suivi et élaborer progressivement un plan d’action commun.
La réussite de cette démarche se mesurera moins au nombre de réunions qu’à la capacité de produire des résultats visibles. Une meilleure organisation des services municipaux, des échanges entre techniciens, des initiatives en faveur de la propreté urbaine ou encore des programmes destinés à la jeunesse seraient autant de traductions concrètes de l’engagement pris ce lundi.
Deux capitales, des défis urbains communs
La coopération entre les deux capitales prend une résonance particulière dans une région où l’urbanisation et la transformation des territoires constituent des défis majeurs. Mogadiscio, capitale fédérale de la Somalie et centre administratif de la Région de Banadir, porte les enjeux d’une métropole confrontée à de profondes mutations. Djibouti, pour sa part, dispose d’une expérience institutionnelle et municipale qui peut nourrir les échanges dans plusieurs secteurs.
Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement un modèle à l’autre. Les réalités administratives, les moyens disponibles et les priorités locales diffèrent. Mais la coopération permet justement de confronter les expériences, d’identifier ce qui fonctionne et de construire des réponses adaptées.
C’est dans cette logique que la municipalité djiboutienne a présenté son organisation à la délégation somalienne. L’échange d’expertise ne relève pas seulement de la bonne pratique administrative : il participe à la construction d’une confiance durable entre deux collectivités appelées à travailler ensemble.
La présence du président de la Chambre de commerce de la République fédérale de Somalie ajoute à cette dynamique une dimension économique. Le développement des villes ne se joue pas uniquement dans les bureaux des mairies. Il implique aussi les entreprises, les commerçants, les investisseurs et les acteurs de la société.
Il serait toutefois réducteur de considérer cet accord comme un simple dossier technique. Dans la Corne de l’Afrique, les relations entre États s’appuient aussi sur des réseaux de proximité, des liens historiques et des mécanismes de coopération qui permettent de consolider la confiance.
La relation entre Djibouti et la Somalie s’inscrit dans cette réalité. Elle repose sur une proximité humaine ancienne et sur une volonté politique régulièrement réaffirmée au plus haut niveau. Le partenariat entre les deux municipalités vient en compléter l’architecture.
La diplomatie des villes n’a pas vocation à se substituer à celle des États. Elle peut en revanche lui donner une profondeur supplémentaire, en rapprochant les administrations, en facilitant les échanges et en créant des espaces de dialogue au plus près des populations.
Dans cette perspective, le Mémorandum signé à Djibouti peut être lu comme un prolongement territorial de la relation entre les deux pays. Il inscrit les collectivités locales dans une dynamique où la solidarité ne se limite pas aux discours et où la proximité peut devenir une méthode de coopération.
Le prochain rendez-vous : passer du texte aux projets
La première journée de cette visite officielle s’est achevée autour d’un déjeuner officiel. Mais l’essentiel commence désormais : transformer le texte signé en feuille de route, puis la feuille de route en projets.
La signature du Mémorandum ne constitue pas un aboutissement. Elle est le point de départ d’un processus qui devra être accompagné, suivi et évalué. Les prochaines étapes seront déterminantes pour donner une portée durable à l’accord : définition des priorités, désignation des interlocuteurs, calendrier de travail et identification des premières actions.
C’est à cette condition que la coopération entre Djibouti et Mogadiscio pourra dépasser le symbole pour devenir une réalité quotidienne.
Dans une Corne de l’Afrique où les capitales cherchent à consolider leurs liens et à renforcer les capacités de leurs institutions, les deux mairies viennent de poser une pierre utile. Une pierre de plus dans l’édifice de la fraternité djibouto-somalienne, mais aussi une invitation à faire de cette fraternité une politique publique concrète.
La suite appartient désormais aux équipes municipales
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