IGAD : à Djibouti, l’heure de l’action collective

 La Corne de l’Afrique n’a plus le luxe de la dispersion. Dans une région où les crises se croisent, où les alliances évoluent et où les puissances extérieures cherchent à consolider leur influence, l’IGAD se trouve face à une question essentielle : peut-elle redevenir un véritable instrument d’action collective pour les États de la région ? À Djibouti, qui préside son Conseil des ministres, le message est clair : l’action régionale doit retrouver sa place au cœur du jeu.

Ce mardi 15 septembre, la 74e session extraordinaire du Conseil des ministres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement s’est tenue à Djibouti. Une réunion qui, derrière son caractère institutionnel, intervient à un moment où les enjeux s’accumulent dans la Corne de l’Afrique.



Les ministres des Affaires étrangères des États membres ont ainsi examiné la situation institutionnelle de l’organisation, mais aussi les principales questions liées à la paix, à la sécurité et au développement. Des dossiers qui, dans la région, ne peuvent plus être traités séparément.


Car les crises politiques ont souvent des répercussions sécuritaires. Les tensions sécuritaires affectent les économies et les échanges. Et les fragilités économiques et sociales peuvent, à leur tour, nourrir l’instabilité. Tout est lié.


Dans ce contexte, le message d’Abdoulkader Houssein Omar prend une dimension particulière. Le ministre djiboutien des Affaires étrangères, porte-parole du Gouvernement et président du Conseil des ministres de l’IGAD, a appelé à renforcer l’action collective et la coordination entre les États membres. Il a également plaidé pour une mobilisation plus importante des mécanismes régionaux.


Le propos est simple, mais il touche au fond du problème : la région doit pouvoir compter davantage sur ses propres instruments.


L’enjeu est loin d’être théorique. La Corne de l’Afrique est devenue un espace où se rencontrent plusieurs lignes de tension : sécurité maritime, lutte contre le terrorisme, stabilité politique, corridors commerciaux, infrastructures portuaires et rivalités d’influence. À cela s’ajoutent les intérêts de puissances extérieures, de plus en plus présentes autour de la mer Rouge et du golfe d’Aden.


Dans cet environnement, la dispersion des réponses nationales réduit mécaniquement la capacité des États de la région à peser. À l’inverse, une IGAD capable de rapprocher les positions de ses membres peut devenir un véritable levier de souveraineté régionale.


C’est aussi le sens de la responsabilité assumée aujourd’hui par Djibouti à la tête du Conseil des ministres. Il ne s’agit pas simplement de présider des réunions ou de gérer un calendrier institutionnel. Il s’agit de maintenir un espace où les États peuvent se parler, rapprocher leurs analyses et, lorsque leurs intérêts convergent, construire des réponses communes.


Cette approche correspond à la tradition diplomatique de Djibouti, qui privilégie le dialogue et la concertation dans un environnement régional particulièrement sensible. La géographie du pays n’y est évidemment pas étrangère. Situé à l’entrée de la mer Rouge, au voisinage du golfe d’Aden et au cœur de la Corne de l’Afrique, Djibouti est directement exposé aux évolutions de cet environnement.


Mais il ne suffit pas d’être au centre de la carte pour peser sur son évolution.


L’IGAD doit désormais démontrer que le régionalisme peut produire autre chose que des déclarations de principe. Sa crédibilité dépendra de sa capacité à faire de la concertation un outil d’anticipation, de médiation et de coopération.


C’est particulièrement vrai dans le domaine de la paix et de la sécurité. Mais là encore, la réponse ne peut être uniquement sécuritaire. Une région stable est aussi une région qui crée des perspectives économiques, facilite les échanges et réduit les vulnérabilités qui alimentent les crises.


La question institutionnelle examinée à Djibouti prend donc tout son sens. Si l’IGAD veut peser davantage, elle doit disposer d’une organisation suffisamment solide pour accompagner les mutations de son environnement et d’États membres suffisamment déterminés à utiliser ses mécanismes.


La 74e session extraordinaire ne règlera évidemment pas, à elle seule, les difficultés auxquelles l’organisation est confrontée. Ce serait lui demander plus qu’une réunion ministérielle ne peut produire. Mais elle peut contribuer à fixer une direction.


Et cette direction est celle de la coordination.


Dans une Corne de l’Afrique devenue stratégique pour le continent et pour les puissances qui y projettent leurs intérêts, chaque capitale cherchera naturellement à défendre ses propres priorités. C’est légitime. Mais aucune ne peut ignorer les conséquences régionales des crises qui l’entourent.


C’est là que l’IGAD conserve toute sa pertinence.


À Djibouti, sous la présidence d’Abdoulkader Houssein Omar, l’organisation est invitée à retrouver cette fonction première : offrir aux États de la région un cadre pour se parler, anticiper les tensions et, surtout, agir ensemble lorsque leurs intérêts communs l’exigent.


Dans la Corne de l’Afrique, la question n’est donc plus seulement de savoir si l’action régionale est souhaitable. Elle devient une nécessité. Et c’est peut-être là, plus que dans les déclarations, que se jouera la prochaine étape de l’IGAD





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