Le président Guelleh recentre l’action gouvernementale sur les fondamentaux de l’État
Sécurité, capital humain, diversification économique, discipline budgétaire et transformation numérique : pour la rentrée politique 2026, Son Excellence Ismaïl Omar Guelleh fixe à son gouvernement une feuille de route qui place la consolidation de l’État au cœur de la prochaine séquence.
Djibouti — La rentrée politique a pris, cette année, des allures de mise au point. Réuni mardi 1er septembre au Palais de la République pour le Conseil des ministres marquant cette nouvelle séquence, le gouvernement a reçu du président Ismaïl Omar Guelleh une feuille de route dont le fil conducteur est assez net : dans un environnement régional et international plus incertain, le développement ne peut être dissocié du renforcement des fonctions essentielles de l’État.
Le chef de l’État a donc placé les missions régaliennes de la puissance publique au premier rang. Sécurité intérieure, protection des infrastructures vitales, contrôle des frontières, maintien de la paix et garantie des droits fondamentaux ne doivent pas être considérés comme de simples politiques publiques parmi d’autres. L’éducation, la formation et la santé, notamment, participent elles aussi de ces responsabilités essentielles.
Pour le président Guelleh, ces missions sont d’abord les conditions de la stabilité du pays. Elles contribuent à préserver ce qu’il présente comme les « intérêts suprêmes » de la nation : l’unité, la cohésion nationale et la confiance des citoyens dans leur pays.
Sécurité, cohésion et capital humain : les fondations
Cette priorité prend un relief particulier au regard de l’environnement géopolitique de Djibouti. La position stratégique du pays constitue un atout considérable, mais elle implique aussi une vigilance permanente.
« Le contexte géopolitique que nous vivons nous invite à renforcer sans relâche notre vigilance dans la sécurité intérieure, la sécurité de nos infrastructures vitales, le contrôle de nos frontières », a déclaré le président Guelleh.
La sécurité est ainsi envisagée comme un préalable au développement. Protéger le territoire, les populations et les infrastructures stratégiques, c’est aussi préserver les conditions permettant au pays de poursuivre son essor.
Mais le président ne réduit pas cette question à la seule dimension sécuritaire. Dans son intervention, il établit un lien direct entre les missions régaliennes de l’État et le renforcement du capital humain.
« Au-delà de nos infrastructures et de notre position géographique exceptionnelle, les femmes et les hommes de la République de Djibouti constituent notre première richesse », a-t-il souligné.
Le propos marque une inflexion importante. Après avoir largement misé sur les infrastructures et la valorisation de sa position géographique, Djibouti entend continuer à investir dans ce qui constitue, selon le chef de l’État, sa première richesse : ses femmes et ses hommes. Avec, en ligne de mire, davantage d’inclusion et « l’égalité des chances pour nos concitoyens à besoins spéciaux ».
La jeunesse occupe, dans cette approche, une place centrale. « Notre jeunesse représente notre plus grande richesse », a rappelé le président, avant de fixer plusieurs priorités : renforcer la formation professionnelle et l’enseignement technique, faciliter l’accès au financement et à l’entrepreneuriat et améliorer l’insertion professionnelle.
L’enjeu dépasse donc la seule question de la formation. Il s’agit de mieux faire correspondre les compétences acquises avec les opportunités économiques, afin de donner aux jeunes des perspectives réelles et de faire de ce capital humain un moteur du développement national.
Diversifier sans renoncer aux acquis
Cette politique du capital humain trouve naturellement son prolongement dans l’économie. Le président Guelleh appelle le gouvernement à accélérer la diversification et à faire émerger de nouveaux moteurs de croissance.
« Il nous faut développer de nouveaux moteurs de croissance, notamment les industries légères, le numérique, le tourisme, les énergies renouvelables et la pêche », a-t-il indiqué.
Le cap est donc fixé : élargir la base productive, mieux valoriser les richesses nationales et créer davantage d’espace pour l’innovation et l’entrepreneuriat, notamment chez les jeunes et les femmes.
Pour autant, cette diversification ne signifie pas que Djibouti entend tourner le dos aux secteurs qui ont façonné son économie. Le chef de l’État insiste au contraire sur la nécessité de consolider les atouts existants que sont « la logistique, le secteur bancaire et les télécommunications ».
C’est toute la logique de cette nouvelle étape : ne pas opposer les nouveaux moteurs de croissance aux acquis du pays, mais les faire avancer ensemble. La position géographique et les infrastructures restent des avantages majeurs ; l’objectif est désormais de leur adjoindre d’autres capacités productives.
Cette ambition économique s’accompagne d’une exigence de discipline dans la gestion publique. La maîtrise des dépenses publiques figure ainsi parmi les priorités clairement énoncées lors de cette rentrée gouvernementale.
Le président Guelleh demande la consolidation du cadre macroéconomique et l’accélération des réformes des finances publiques. Il en attend une meilleure allocation des ressources publiques, davantage de transparence de l’information budgétaire à l’égard des citoyens et une plus grande redevabilité dans la gestion des comptes publics.
Il souhaite également une gestion davantage orientée vers les résultats et l’efficacité de la dépense publique.
Le message est important : il ne s’agit pas uniquement de dépenser moins, mais de dépenser mieux. Autrement dit, de faire en sorte que chaque ressource publique mobilisée puisse être reliée à une politique, à un objectif et, surtout, à un résultat.
Un État plus moderne, plus numérique et plus efficace
La dernière pièce de cette feuille de route est numérique. Le président de la République en fait un levier majeur de la modernisation de l’État.
« La transformation numérique de l’action publique constitue un levier important de notre politique de modernisation de l’État », a assuré I.O.G , le chef de l’Etat
La priorité est concrète : accélérer la digitalisation des procédures administratives, poursuivre la dématérialisation des services publics et renforcer l’interopérabilité des systèmes.
L’ambition va toutefois plus loin. Une meilleure gouvernance des données doit permettre au pays d’aborder la prochaine étape technologique, celle de l’intelligence artificielle, avec méthode et responsabilité. Le président Guelleh souhaite ainsi engager une réflexion ambitieuse sur une exploitation « responsable et maîtrisée » de l’intelligence artificielle. Un forum national consacré à cette question doit prochainement se tenir à Djibouti.
Pris séparément, ces différents axes pourraient ressembler à une liste classique de priorités gouvernementales. Mis en perspective, ils racontent pourtant une même ambition : consolider les fondations de l’État tout en préparant le pays aux transformations à venir.
La sécurité doit préserver la stabilité. L’éducation, la formation et la santé doivent renforcer le capital humain. La jeunesse doit pouvoir trouver dans la formation, l’entrepreneuriat et l’emploi des perspectives concrètes. La diversification doit élargir les sources de croissance. La réforme des finances publiques doit améliorer l’utilisation des ressources. Et le numérique doit rendre l’administration plus moderne, plus efficace et mieux préparée aux mutations technologiques.
En somme, le discours présidentiel dessine un recentrage de l’action publique autour de cinq impératifs : protéger, former, diversifier, maîtriser et moderniser.
Dans une région soumise à de profondes recompositions, Djibouti entend ainsi poursuivre son développement en consolidant simultanément les bases sur lesquelles il repose. La feuille de route est désormais posée. Reste le plus difficile : la traduire dans l’action.
Car c’est finalement sur les résultats, plus que sur les annonces, que sera jugée cette nouvelle séquence gouvernementale. La capacité de l’administration et du gouvernement à transformer ces orientations en réalisations concrètes pour les citoyens sera le véritable test de la rentrée politique 2026.

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