RPP : à Ali-Sabieh, le président Guelleh pose les jalons d’un nouveau cycle politique
Ali-Sabieh, 5 septembre 2026 — Il y a des réunions de parti qui ressemblent à des exercices obligés. Et puis il y a celles qui, par le moment où elles interviennent, par les questions qu’elles soulèvent et par la parole qui vient les conclure, prennent une dimension autrement plus politique. La retraite du Rassemblement Populaire pour le Progrès, réunie durant trois jours à Ali-Sabieh, appartient à cette seconde catégorie.
Du 3 au 5 septembre, le parti présidentiel a donc pris le temps de s’arrêter, de regarder son organisation, d’écouter ses militants et de s’interroger sur son avenir. Un exercice qui n’est jamais neutre pour une formation politique appelée à conjuguer longévité, renouvellement et efficacité. Samedi, à l’heure de la clôture, Ismaïl Omar Guelleh, Président de la République et président du RPP, en a fixé la principale boussole : l’unité.
Le mot revient, comme une constante, dans le discours présidentiel. Non pas l’unité comme simple slogan de circonstance, mais l’unité comme condition de la continuité. « Je tiens à vous féliciter pour les travaux durant ces trois jours et je prends acte des résultats de cette retraite politique », a d’abord déclaré le Chef de l’État, reconnaissant la qualité du travail accompli avant d’en tirer les enseignements politiques.
Car derrière les recommandations techniques, derrière la redynamisation des structures et la modernisation des mécanismes internes, c’est bien la question de la cohésion d’une formation historique qui était posée. Comment maintenir un collectif politique soudé lorsque les générations changent, lorsque les sociétés évoluent et lorsque l’environnement régional se complexifie ? La réponse d’Ismaïl Omar Guelleh est sans détour : en ne laissant pas se diluer ce qui constitue le socle commun.
« Le parti est le lien qui nous rassemble », a-t-il rappelé. Une phrase qui résume une certaine conception du RPP : celle d’un cadre fédérateur dont la vocation ne serait pas seulement de conquérir ou d’exercer le pouvoir, mais de structurer une communauté d’engagement autour d’un projet national.
Le président du RPP a surtout voulu replacer la question de l’héritage au centre du débat. Une formation politique peut changer ses méthodes, ses structures et même certains de ses visages ; elle ne peut, sans se renier, abandonner les principes qui ont forgé son identité. « Le parti RPP a des valeurs et des fondamentaux que la conviction politique de chacun d’entre nous doit refléter et que nous devons également inculquer à nos enfants et aux générations suivantes », a-t-il souligné.
Le choix du verbe n’est pas anodin. Inculquer, c’est transmettre. Et transmettre, c’est faire de la politique une affaire de continuité plutôt qu’une succession de générations sans mémoire. Le message présidentiel s’adresse donc autant aux militants présents à Ali-Sabieh qu’à ceux qui, demain, seront appelés à prendre le relais.
Cette préoccupation explique la place accordée aux jeunes et aux femmes dans les recommandations de la retraite. Elle explique aussi l’annonce faite par le Président concernant la représentativité féminine. Répondant à une doléance exprimée pendant les travaux, Ismaïl Omar Guelleh a indiqué que l’augmentation du quota de représentation des femmes dans les instances du parti, notamment au Comité exécutif, serait prochainement concrétisée.
Le renouvellement, ici, n’est donc pas présenté comme une rupture avec l’histoire du RPP. Il s’inscrit au contraire dans sa continuité.
Mais c’est sur l’unité nationale que le discours présidentiel a trouvé son expression la plus forte. « L’unité est notre seul salut pour notre cohésion, notre fraternité, notre développement et pour la défense des intérêts suprêmes de notre Nation », a affirmé le Chef de l’État.
Dans la Corne de l’Afrique, où les frontières héritées de l’histoire côtoient des appartenances anciennes, où les tensions politiques peuvent rapidement prendre une dimension identitaire et où les recompositions géopolitiques ne cessent de déplacer les lignes, cette insistance possède une résonance particulière.
Pour Djibouti, petit État par la géographie mais acteur recherché par les puissances par sa position stratégique, la cohésion interne constitue aussi un capital politique. Elle conditionne la stabilité, la capacité d’action de l’État et, au-delà, la défense des intérêts nationaux.
C’est pourquoi le Président Guelleh a tenu à établir une hiérarchie claire entre les différentes appartenances. « L’ethnie ou le clan ne peut se substituer ni au parti, ni à la Nation », a-t-il martelé. Dans cette vision, les identités particulières ne doivent jamais devenir des identités concurrentes de l’appartenance nationale. La Nation demeure l’espace supérieur de rassemblement.
Le propos dépasse donc largement le seul cadre du RPP. Il renvoie à une conception de l’État et de la citoyenneté dans laquelle la cohésion nationale est considérée comme la première des protections face aux turbulences de l’environnement régional.
D’où, également, l’appel présidentiel à l’exemplarité. « Les militants de notre parti doivent être un modèle pour les autres », a-t-il déclaré, avant d’insister à nouveau sur la nécessité d’inculquer aux jeunes les valeurs du parti. Le militantisme, dans cette conception, ne se résume pas à une carte d’adhésion. Il suppose un comportement, une discipline et une capacité à représenter dignement ce que l’on prétend défendre.
L’attachement à la patrie est placé au même niveau d’exigence. « L’attachement à la patrie est un sentiment que tout le monde, quel que soit son âge, son genre et sa classe sociale, doit considérer comme une condition sine qua non pour tout un chacun de nous », a rappelé le Chef de l’État.
Il y a là une constante du discours présidentiel : faire de l’appartenance nationale le dénominateur commun, indépendamment de l’âge, du sexe, de l’origine sociale ou des appartenances particulières.
Mais une retraite politique ne saurait être réduite à des déclarations de principe. Elle vaut également par ce qu’elle produit concrètement. Sur ce terrain, les travaux présentés par le Vice-Président du RPP, Abdoulkader Kamil, dessinent un programme de remise en ordre et de relance : renforcer l’unité, la cohésion et la discipline internes ; redynamiser les structures régionales et locales ; améliorer la coordination entre les différentes instances ; intensifier les activités de proximité et l’écoute des populations ; renforcer la participation des jeunes et des femmes ; développer la formation et l’encadrement des militants.
À cela s’ajoutent une volonté d’améliorer la communication du parti, une meilleure prise en compte des préoccupations économiques et sociales, le suivi des recommandations ainsi que l’actualisation des textes statutaires afin de les adapter aux réalités contemporaines.
Autrement dit, le RPP ne prétend pas seulement préserver son héritage. Il entend lui donner les moyens de traverser une nouvelle époque.
Les doléances et aspirations recueillies auprès des militants et présentées par le Secrétaire général, Ilyas Moussa Dawaleh, auront précisément permis de faire remonter cette réalité du terrain. Les représentants des jeunes et des femmes, les cadres et les militants de Djibouti-Ville comme ceux des différentes régions ont contribué à nourrir la réflexion. Le parti a ainsi voulu entendre ce qui se dit au-delà de ses structures centrales.
La séquence consacrée à la « Transmission, héritage et préparation » aura donné une dimension presque symbolique à cette volonté de continuité. La présence d’anciens membres du parti ayant marqué son histoire ( Ahmed Mohamed Ebo, Abdallah Chirwa, Rifki Bamakhrama et Mako Robleh ) a permis de mettre en scène ce passage de témoin entre générations.
Le message est là encore assez clair : une organisation politique qui oublie son histoire se condamne à perdre une partie de son identité ; une organisation qui refuse de se renouveler risque, à l’inverse, de devenir prisonnière de son passé. Toute la difficulté consiste donc à tenir ensemble ces deux impératifs apparemment contradictoires : fidélité et renouvellement.
C’est précisément ce que semble avoir cherché cette retraite d’Ali-Sabieh.
La séance finale de questions-réponses, au cours de laquelle plusieurs participants ont pu échanger directement avec le Président de la République, aura donné à ces trois journées leur conclusion la plus concrète. Après les travaux, les recommandations et les interventions, la parole est revenue au terrain.
Au fond, la retraite du RPP aura été moins une parenthèse qu’un moment de repositionnement. À l’heure où les formations politiques historiques sont confrontées partout à la question de leur transmission, de leur renouvellement générationnel et de leur capacité à rester en prise avec les sociétés qu’elles prétendent représenter, le parti présidentiel djiboutien a choisi de regarder ces questions en face.
Le chantier est désormais identifié. Il porte sur les structures, la discipline, la formation, la communication, la proximité, la participation des jeunes et des femmes, mais aussi sur les textes qui organisent la vie du parti.
Et derrière cette liste de réformes se dessine une conviction plus profonde : on ne modernise durablement une organisation politique qu’en sachant ce que l’on veut préserver.
À Ali-Sabieh, Ismaïl Omar Guelleh a précisément désigné ce qui, à ses yeux, ne doit pas être négocié : l’unité, la cohésion, l’attachement à la patrie et la transmission des fondamentaux du RPP.
Le reste peut évoluer.
Car, dans la vision défendue par le président du RPP, l’enjeu n’est finalement pas seulement de préparer le parti aux prochaines échéances. Il s’agit de préparer une nouvelle génération à porter un héritage politique sans perdre de vue ce qui en constitue la finalité : le développement continu du pays et la défense de ses intérêts suprêmes.
À Ali-Sabieh, le RPP a donc refermé trois journées de réflexion avec une feuille de route, mais surtout avec une ligne politique. Réformer sans se renier, renouveler sans rompre, transmettre sans figer : telle pourrait être la triple équation du nouveau cycle que le parti entend désormais ouvrir.















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